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Les granules n'ont pas dit leur dernier mot

La HAS estime qu'il est envisageable de rembourser un placebo s'il a une certaine efficacité.

© FOTOLIA/ЛЕКСЕЙ ПЕТРОВ

« Homéopathie, bientôt la fin ? ». Après visionnage du reportage du même nom et du débat qui s'en est suivi le 15 janvier sur France 5, on pourrait être tenté de répondre : non, pas forcément. Pas uniquement parce que la décision d'un déremboursement des spécialités homéopathiques n'entraînerait pas nécessairement une baisse de leur utilisation, mais également parce qu'il n'est pas certain que la Haute Autorité de santé (HAS) soit défavorable au maintien de leur remboursement. Interrogée dans ledit reportage, le docteur Anne Dando, chef du service évaluation des médicaments à la HAS, dont l'avis est at­tendu au prin­temps, ne dit d'ailleurs pas autre chose : « Les jeux ne sont pas faits [il] ne faut pas être fermé en disant que ça existe depuis longtemps, que ça n’a pas été évalué et donc que c’est mauvais [...] on peut imaginer rembourser un placebo à partir du moment où il a une certaine efficacité. »

L’efficacité avant tout

De son côté, la professeure Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, a rappelé que la question du coût de l'homéopathie « n'est pas le problème de la HAS », de même que « son mode d'action ». Selon elle, « peu importe comment cela marche » ; l'important est que « si cela marche, cela doit pouvoir être démontré », à l'instar de « la pratique sportive [qui] a prouvé qu’elle était très efficace dans certaines maladies ». Également invité sur le plateau de l'émission, le professeur Bruno Falissard, pédopsychiatre, biostatisticien et membre de l'Académie de médecine, a émis l'hypothèse que « ce ne sont peut-être pas les médecins conventionnels qui sont hermétiques à d’autres types de médecine [mais] peut-être la science qui a quelques réticences à aller étudier les médicaments dans leurs aspects un peu irrationnels ».

Les pharmaciens pointés du doigt

Le même Bruno Falissard considère que « la relation médecins-malades très particulière qu’ont les homéopathes et leur façon de décrire les maladies » est un facteur d'explication du mécanisme et qu'il y a un réel intérêt « à faire de la recherche en sciences humaines et sociales sur l'homéopathie ». Il a toutefois révélé que la commission de l'Académie de médecine qui travaille actuellement sur ce thème avait été particulièrement « interpelée » par le fait que « les pharmacies incitent les malades à acheter de l'homéopathie » et en avait conclu qu'il y avait « un travail à faire avec les facultés de pharmacie et leurs doyens ». Si la prescription d'homéopathie par un praticien spécialisé mérite donc apparemment considération, la délivrance de ces spécialités via le conseil pharmaceutique ne semble pas bénéficier de la même indulgence. 

Par Benoît Thelliez

18 Janvier 2019

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