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La PDA en toute sécurité

Le pharmacien dispose de piluliers, contrôleurs optiques et robots de plus en plus performants pour sécuriser la préparation des doses à administrer, qu’elle soit manuelle ou automatisée.

Par Hélène Bry

© adobestock_zhenya

S’il y a un maître-mot en matière de PDA, c’est bien la sécurité, tant pour le pharmacien dans la préparation des doses et leur traçabilité, que pour les patients, notamment ceux âgés pour lesquels une bonne observance est primordiale. D’ailleurs, sécuriser le médicament, depuis l’ordonnance jusqu’à la prise par le patient, est bien le cœur de métier du pharmacien et en parfaite adéquation avec ses missions dont font partie les bilans partagés de médication. 

Des piluliers vraiment malins

Dans cette logique vertueuse, des piluliers sophistiqués font mouche. Damsi est le seul à en proposer « capables d’encapsuler des formes solides comme liquides », explique Luc Tredez, pharmacien et directeur général de la société. Ses machines peuvent même remplir les capsules de manière automatisée, « ce qui présente un avantage pour certaines infirmières d’Ehpad qui boudent les sachets-doses ». Quand chez MDose on propose un pilulier double case pour séparer les médicaments qui se ressemblent trop et les broyables des non-broyables, chez Praticima, « on a réfléchi à élaborer une PDA sécurisée manuelle quasi idéale avec le moins d’investissement possible », affirme Fabrice Leo, son PDG. Résultat : Pili, « un pilulier à usage unique composé à 85 % de matières recyclables, et la solution logicielle Pilisoft qui aide le pharmacien à préparer sa prescription », soit avec un système en non-déconditionné, soit en déconditionné (mais en faisant en sorte que les molécules ne se touchent pas). « Et on trace la péremption, le numéro de lot, etc. Même le hors-pilulier est tracé dans Pilisoft », enchérit Fabrice Leo. Medissimo a quant à lui mis sur le marché le Multidose, « un pilulier détachable qui permet le surconditionnement des médicaments et qui est dans l’air du temps car il conserve le conditionnement unitaire du labo », explique Caroline Blochet, sa présidente. Du côté de Pharmagest (Equasens), on défend farouchement les piluliers contre les sachets. « Il y a un côté très pratique, avec la photo et les informations du patient sur le dessus et sur la tranche », affirment les responsables Jean-Michel Monin (Pharmacie Europe) et Damien Valicon (Pharmacie France). Chez Oréus enfin, le pilulier Flexi consolide son succès. Sa force ? Juste le nombre d’alvéoles (compartimentées pour séparer les molécules) par temps de prises utiles et un système de cupules qui facilite la mise en bouche des médicaments.

Des machines très sophistiquées

Mais la grande nouveauté chez Oréus concerne le contrôle en temps réel du remplissage des piluliers connectés Flexi et Multi. « Par rapport à un contrôle photo réalisé à la fin du remplissage du pilulier, on détecte à tout moment si un comprimé est manquant et/ou mal placé », insiste Émilie Taranger, la responsable marketing. « L’analyse s’opère à la fin du remplissage de chaque spécialité. En cas d’erreur, la correction se fait manuellement puis l’opérateur valide ce qui a été corrigé et peut, seulement à cette condition, passer à la suite du remplissage. » Pas besoin donc que la PDA soit ultra automatisée pour contrôler et tracer, même si les progrès sont remarquables chez les robots. E-Santé Robotik vient ainsi de lancer son RT Oculus. « Lors de la réalisation des sachets ou des piluliers, il y a une prise en image du produit qui garantit à 100 % la conformité avec la prescription du médecin ou la dispensation du pharmacien », s’enthousiasme Miguel Mellick, président du conseil de surveillance de l’entreprise, qui pointe le système d’archivage qui renforce encore la ­garantie de sécurité : « Si 8 jours, 1 mois ou 6 mois après, un patient ou une structure se plaint, le pharmacien peut ressortir l’image de production contenant les photos des médicaments avec les numéros de lots, etc. ». Chez Damsi, on dispose de quatre machines de contrôle qui comptent les comprimés dans les sachets ou les blisters, en vérifient la forme, la quantité et la couleur par infrarouge. JVM fait, lui, l’éloge de son contrôleur optique Vizen EX « capable de contrôler 460 sachets/minute alors que la plupart n’en vérifient que 100 à 150 », glisse Stefan Vereycken, directeur commercial. Dans le cas d’officines plus petites mais intéressée par cette technologie, JVM propose le Vizen DE.
Les machines de PDA innovent elles ­aussi. Damsi vient ainsi de sortir « des cassettes coupe comprimés », explique Luc Tredez. Elles s’ajoutent aux cassettes classiques et à celles de demi-comprimés, et « évitent la manipulation visant à sectionner le comprimé qui était lourde pour le pharmacien en plus de n’être pas précise ». Omnicell propose de son côté deux solutions intelligentes de remplissage de piluliers, l’une semi-automatisée, Celia, l’autre manuelle, Julia. « L’intérêt est le côté évolutif permis par l’intelligence logicielle : le pharmacien peut démarrer la PDA avec une Julia et, s’il monte en puissance, rajouter une, deux, trois Celia en opérant toutes les machines ensemble », note Sébastien Villars, responsable produits. Chez Pharmagest, on met en avant des améliorations du système de PDA Multimeds, « avec une refonte informatique amenant une meilleure ergonomie et des connexions facilitées avec les logiciels d’Ehpad », assure Jean-Michel Monin. Et BD Rowa, qui vend déjà à l’international son robot Rowa Dose « organise des voyages avec des personnalités majeures de la pharmacie française pour qu’elles découvrent ce que nous avons développé chez nos voisins européens et évaluent les conditions d’adaptation au modèle officinal français », dévoile François Legaud Van de Vyver, directeur des ventes Europe de l’ouest de la marque. 

Les sachets aussi se modernisent

E-Santé Robotik, qui travaille avec des piluliers et des sachets, note une réorientation vers le sachet-dose. « Nous avons commencé par le blister mais on se rend compte que le sachet prend moins de place, notamment pour le transport, et est plus écologique », analyse Miguel Mellick. Luc Tredez de Damsi ajoute : « Jusqu’à présent, on n’avait qu’un seul type de sachet, mais désormais le robot est capable de déterminer la taille la plus adéquate en fonction du nombre de spécialités, avec une réduction du coût des consommables à la clé. »

Les applis sont de la partie

Les applis aussi sécurisent, comme chez E-Santé Robotik. « MyEureka permet à l’infirmière de valider la prise de médicaments en scannant le code-barres en Ehpad ou, dans le cadre d’un SSIAD, au domicile de la personne. Et si le patient est autonome, c’est lui, à l’aide de son appli mobile, qui valide la prise après avoir reçu une alerte lui rappelant de prendre ses pilules », explique Miguel Mellick, qui ajoute que « tout cela se fait sans intervention supplémentaire. Il n’y a pas de retranscriptions d’ordonnances car on a simplifié les manipulations humaines qui sont sources d’erreurs ». Medissimo, insistant sur le fait que les problèmes d’observance tuent chaque année 12 000 personnes en France, opère pour sa part un gros lancement le 12 mai, pour la Journée internationale des infirmières : « Une nouvelle appli simplifiant la coopération entre infirmiers, médecins et pharmaciens autour de l’observance médicamenteuse », se réjouit Caroline Blochet.

La rémunération espérée par tous

La PDA favorise l’observance, donc les économies, mais n’est toujours pas rémunérée. « Certes, les patients de PDA, surtout en Ehpad, représentent beaucoup d’ordonnances, mais le fait que la rémunération se fasse attendre est un problème », juge Fabrice Leo de Praticima. « On demande au pharmacien de réaliser une prestation qu’on ne paye pas, alors que plus que jamais nos aînés en Ehpad ont besoin de sécurité et de bienveillance. » Fabrice Camaioni, vice-président de la FSPF, favorable à une rémunération inscrite dans le cadre conventionnel, juge normal, qu’en attendant, le pharmacien puisse se faire payer sur la base de 1 euro par patient et par jour. « Mais certains ne le font pas, espérant capter une patientèle », pointe Luc Tredez de Damsi. Ou de peur de la perdre…

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