Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Appliqué aux vaccins à ARN messager qui s’injectent désormais dans des millions de bras, l’adage emprunté à La Fontaine est mi-faux, mi-vrai. Faux de dire que rien ne sert de courir, car le fait que les biotechs aient mis le turbo pour mettre au point leurs vaccins est une bonne raison d’espérer voir prochainement le bout du tunnel.
Plus de 20 ans de recherche
« On peut travailler vite et bien. Ce n’est pas parce que l’on va vite que c’est bâclé. Et pas parce que l’on prend son temps que c’est bien », analyse Bruno Pitard, pionnier des technologies des vaccins de troisième génération. Le directeur de recherche au Centre de recherche en cancérologie et immunologie Nantes-Angers (CRCINA) explique qu’il est impossible de griller une étape : « Tout cela est extrêmement encadré par les agences réglementaires, l’EMA et la FDA. Elles seules vous autorisent à passer en phase 1, puis lorsque vous avez donné les résultats, en phase 2, puis en phase 3. » Quant au fait de devoir « partir à point », c’est plus que jamais vrai ! Car ces vaccins à ARNm sont une technologie sûre disposant du recul de la recherche. « Je travaille dans ce domaine depuis 25 ans. Nous avons commencé dans les années 1990 à utiliser des ARN, des ADN, en se disant qu’on pourrait faire exprimer l’antigène directement par l’individu à vacciner », rappelle le chercheur qui explique en quoi cette technologie est particulièrement efficace en matière de réponse immunitaire contre l’agresseur.
Immunité focalisée
« Alors qu’avec les vaccins à virus inactivé ou à adénovirus, le système immunitaire est tenté de réagir contre toutes les protéines du coronavirus ou celles de l’adénovirus, avec le vaccin à ARNm, votre immunité est focalisée sur la réponse à mettre en œuvre contre le spicule de l’agent pathogène puisque les lipides qui encapsulent l’ARNm ne sont pas immunogènes. » La recherche vaccinale contre la Covid-19 remonte en fait à 2003 car, « les travaux sur le SARS-CoV-1 ont facilité l’établissement du design de la protéine S du SARS-CoV-2. De surcroît, une phase de test vaccinal avait été effectuée chez l’homme, montrant que l’on disposait bien des anticorps contre la protéine S. Nous ne sommes donc pas partis de rien ! »