Très efficaces pour réduire la sécrétion d’acide gastrique, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) constituent l’un des principaux traitements du reflux gastro-œsophagien (RGO) et sont notamment utilisés en pédiatrie. Mais si leur emploi augmente chez les bébés dans la plupart des pays à revenus élevés, comme en France où 6,1 % des moins de 2 ans étaient traités par IPP en 2019 contre 3,6 % en 2010, leurs effets secondaires préoccupent. En septembre 2022, la HAS a publié des recommandations de bonnes pratiques relatives à cette classe. On y lit que « la prescription d’un IPP doit être réservée aux nourrissons âgés de plus de 1 mois et aux enfants ayant un RGO persistant et gênant ». Une vaste étude pharmaco-épidémiologique française publiée le 14 août 2023 dans Jama Pediatrics, tirant ses données du registre Épi-Mères construit par l’Assurance maladie et l’ANSM, enfonce le clou. Elle démontre que le risque pour la santé peut dépasser le bénéfice apporté par les IPP, alors que ces derniers sont actuellement « prescrits bien au-delà des recommandations », selon Mahmoud Zureik, l’un des auteurs de l’étude. Celle-ci a inclus tous les bébés nés en France entre 2010 et 2018 ayant reçu entre leur naissance et décembre 2019 un premier traitement pour un RGO. Plus de 1,2 million d’enfants ont ainsi été traités, environ pour moitié par des IPP et pour moitié par des antagonistes des récepteurs de l’histamine 2 ou des alginates, avec des cures débutées en moyenne au troisième mois de vie et un suivi sur quatre ans. Cette étude montre que les risques de survenue d’une infection grave (nécessitant une hospitalisation) sont globalement accrus de 34 % par une cure d’IPP en cours ou antérieure. Il s’agit d’infections des voies digestives, ORL, respiratoires inférieures, des reins et voies urinaires, du système musculo-squelettique et du système nerveux. Cela s’explique notamment par le fait que « l’acidité gastrique constitue une défense fondamentale de l’hôte en tuant divers agents pathogènes ingérés » et que la diminuer peut « entraîner des infections par altération du microbiote ou action directe sur le système immunitaire ». Autre enseignement de l’étude : ce risque croît avec la durée du traitement par IPP et baisse progressivement après son arrêt. Une confirmation de la nécessité d’une prescription ciblée et limitée dans le temps.