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La science dans le sang
Il transporte l’oxygène, les nutriments, les anticorps, les hormones et nettoie au passage les déchets. Voici les dernières découvertes sur ce liquide vital qu’est le sang.

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Mordu de serpents
Le sang de Timothy Friede pourrait ouvrir la voie à un antivenin universel. Ce mécanicien poids lourds du Wisconsin, fasciné par les serpents depuis une morsure à l’âge de 5 ans, s’est volontairement injecté, entre 2001 et 2018, plus de 600 faibles doses de venins, allant même jusqu’à se faire mordre à dessein dans l’objectif d’acquérir une immunité. Un étrange hobby qui a permis à la société Centivax de San Francisco et à l’université Columbia de New York de développer, à partir du sang de cet individu hyperimmunisé, le tout premier antivenin à large spectre. Les chercheurs ont isolé des anticorps issus du sérum du donneur et les ont testés sur des souris pour chaque venin de 19 espèces d’Elapidae, une famille incluant les cobras, mambas, serpents corail… Leurs venins contiennent des neurotoxiques à chaîne courte (SNX) et d’autres à chaîne longue (LNX) se liant tous aux mêmes récepteurs des cellules nerveuses, provoquant paralysies musculaires et insuffisances respiratoires. L’antivenin issu de ces travaux, publiés dans Cell le 12 juin 2025, est un cocktail thérapeutique de trois agents : deux anticorps (LNX-D09 et SNX-B03) et un inhibiteur de la toxine PLA2, le varespladib. Il s’est montré, chez la souris, hautement protecteur contre un nombre élevé de ces espèces de serpents. Même si les auteurs rappellent que les Elapidae ne représentent qu’environ la moitié des espèces de serpents venimeux et que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour étendre le spectre protecteur aux Viperidae (vipères et crotales), l’avancée est majeure.
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Altruisme récompensé
Voilà une bonne nouvelle pour les donneurs de sang réguliers : les modifications génétiques de leurs cellules souches sanguines semblent favoriser le développement de clones hématopoïétiques sans entraîner de risque supérieur de leucémie ou de maladies potentiellement associées à ce type de mutation. Une étude, publiée le 22 mai 2025 dans Blood par des chercheurs allemands, en collaboration avec l’Institut Francis Crick de Londres, a ainsi comparé deux groupes d’hommes sexagénaires : 217 ayant effectué plus de 100 dons de sang dans leur vie et 212 ayant donné moins de 10 fois. Après une analyse des mutations du gène DNMT3A de toute la cohorte, les auteurs ont mis en évidence le fait que les modifications observées chez les donneurs réguliers n’étaient pas localisées dans les zones connues pour être préleucémiques. Des explorations plus poussées suggèrent même que les mutations de DNMT3A chez les grands donneurs sont essentiellement une réponse à la perte de sang et génèrent une production de cellules saines. Si les chercheurs se refusent à conclure que le don de sang régulier diminue l’incidence des mutations préleucémiques, notamment en raison de certains biais (cohorte uniquement masculine, profil de bonne santé chez les donneurs réguliers…), ils reconnaissent cependant que cette découverte ouvre de nouvelles perspectives dans la compréhension des mécanismes de prévention contre la leucémie.
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Le métabolisme du fer tiré au clair
Des chercheurs Inserm au sein de l’Institut de recherche en santé digestive (IRSD) de Toulouse ont publié, dans Blood le 28 mars 2024, une étude qui identifie le rôle majeur d’une protéine, FLG1, dans le métabolisme du fer. Mieux comprendre ce dernier est en effet essentiel pour améliorer la prise en charge de l’anémie qui constitue un facteur important de morbidité et de mortalité pour un tiers de la population mondiale. Il était jusqu’à présent établi que le taux de fer est régulé par une hormone appelée hepcidine et qu’un besoin accru de ce minéral, comme lors d’une anémie, entraîne l’action de l’érythroferrone (ERFE), une autre hormone qui va réprimer l’expression de l’hepcidine dans le foie. Ce mécanisme, découvert en 2014 par une équipe Inserm menée par Léon Kautz, permet l’apport de fer dans la moelle osseuse pour la synthèse de nouveaux globules rouges. Mais, à l’époque, les données laissaient penser qu’une seconde protéine entrait également dans le processus. Comme l’a expliqué le chercheur à France Info le 29 février 2024, « nous recherchions le chaînon manquant qui permet de diminuer l’hepcidine pour faire entrer plus de fer jusqu’à ce que l’organisme ait retrouvé un nombre normal de globules rouges et une saturation en oxygène satisfaisante ». Les nouveaux travaux mettant en lumière le rôle de FGL1 valident entièrement cette hypothèse. L’équipe Inserm a déposé deux brevets avec notamment pour objectif de mettre sur pied de nouvelles stratégies permettant de traiter certaines anémies actuellement en impasse thérapeutique.
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Bonne nouvelle pour les trypanophobes
Approuvé fin 2023 par la FDA, le dispositif MiniDraw Collection System mis au point par la firme américaine Becton, Dickinson & Co (BD) permet de réaliser une prise de sang nettement moins angoissante pour tous les phobiques des aiguilles. Au lieu de perforer une veine, le dispositif permet un prélèvement de 6 à 18 gouttes de sang provenant du système vasculaire capillaire par piqûre transcutanée au niveau du doigt, soit un centième de la quantité prélevée lors d’une collecte de sang classique. Bien que de très faible volume, ces prélèvements sanguins ont démontré une équivalence avec ceux effectués par ponction veineuse dans 16 types d’analyses, notamment pour le bilan lipidique, certains tests biochimiques ou encore les dosages d’hémoglobine et d’hématocrite. En outre, et en raison de leur caractère peu invasif, ils ne nécessitent pas l’intervention d’un phlébotomiste. Dans son communiqué annonçant le feu vert des autorités pour une mise sur le marché américain, BD précise d’ailleurs que « le système MiniDraw permet de prélever du sang dans des lieux non traditionnels, plus pratiques, comme votre pharmacie locale plutôt qu’un laboratoire indépendant ».
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Seule au monde
Les chercheurs de l’Établissement français du sang (EFS) viennent d’identifier un groupe sanguin jamais répertorié jusqu’à présent : le « Gwada négatif », en référence à l’origine guadeloupéenne de l’unique personne connue de ce groupe dans le monde. La découverte date de 2011, à la suite d’examens préopératoires qui révèlent qu’elle possède un anticorps réagissant à tous les types de sangs testés. Transmis à l’EFS, ce cas particulier ne sera résolu qu’en 2019 grâce aux nouvelles techniques de séquençage d’ADN. Les chercheurs découvrent une mutation sur le gène PIGZ, héritée de son père et de sa mère. Le nouveau système, dont le groupe Gwana négatif est pour l’heure le seul représentant, a été de fait baptisé PIGZ et officialisé au congrès de la Société internationale de transfusion sanguine (ISBT), le 31 mai dernier à Milan. Il devient le 48e d’une liste ouverte en 1900 avec la découverte du système ABO. Mais un problème majeur se pose pour la désormais sexagénaire qui se serait bien passée de cette singularité mondiale. Comme ses parents, ses frères et sœurs ne sont porteurs que d’un seul allèle du gène muté et sont donc incompatibles si elle avait besoin d’une transfusion. En attendant que le dépistage de ce groupe rare qui va débuter porte d’éventuels fruits, la seule solution pour cette personne demeure le stockage de ses globules rouges prélevés et congelés à -80° C qui pourront être conservés durant trente ans.