Si la réalité de l’effet placebo n’est plus à prouver scientifiquement, celui-ci a longtemps été associé au fait que les patients concernés n’étaient pas informés de ce statut de médicament dépourvu de substance active. Cette condition de dissimulation pour garantir l’efficacité du placebo n’a, jusqu’à récemment, jamais vraiment été remise en cause.
Avertir et éduquer
En 2010, une première étude, menée par une équipe américaine de l’université Harvard, a montré qu’un placebo dit « ouvert », c’est-à-dire prescrit en tant que tel, conservait son potentiel thérapeutique. Des résultats qui ont mis fin à la croyance de la nécessité d’une ignorance intentionnelle pour obtenir l’effet recherché. En 2017, de nouveaux travaux ont toutefois mis en évidence une efficacité amoindrie de l’ordre de 7 % entre un placebo ouvert et son homologue mensonger. L’idée est alors venue à des scientifiques de l’université de Grenoble de regagner cette portion de terrain perdue en ajoutant une composante éducative à l’administration éclairée. En clair, le patient n’était plus uniquement averti que le produit était inactif, mais également instruit sur les mécanismes neurophysiologiques à l’origine de son effet. Leur étude, publiée en 2020, démontre que les niveaux d’efficacité mesurés étaient similaires dans les groupes « classique » et « éduqué ».
De nouvelles perspectives
Ces données, qui ouvrent la voie à la prescription de placebo dans un cadre désormais éthique, soulèvent également de nombreuses interrogations sur des mécanismes encore inexpliqués. Pour Aurore Fernandez, postdoctorante au Centre de médecine intégrative et complémentaire du CHUV de Lausanne (Suisse), « notre corps est une machine à anticiper, peu importe la situation ». Celle qui conduit un essai clinique depuis 2024 sur le placebo ouvert précise d’ailleurs « qu’il n’est pas nécessaire d’y croire pour que cela fonctionne ».
