Après avoir recueilli les avis des pharmaciens sur le terrain durant deux mois, la FSPF a dévoilé, le 17 décembre dernier, les résultats de sa grande consultation sur l’évolution du modèle de la rémunération. Lancée sur tout le territoire par le biais des syndicats départementaux en octobre dernier, elle a permis à près de 5 000 officinaux d’exprimer leurs attentes quant à l’évolution du modèle économique du réseau et leur vision de l’avenir pour la profession.
Attachés aux honoraires
De cette vaste enquête de terrain, il ressort, selon le communiqué de la FSPF, que « les pharmaciens plébiscitent la rémunération à l’honoraire » et reconnaissent « la sécurité qu’elle offre face aux baisses de prix des médicaments ». S’ils en souhaitent le maintien, ils attendent néanmoins une « revalorisation, au profit notamment de l’honoraire à l’ordonnance ». Ils demandent également « une meilleure rémunération des missions », a souligné Philippe Besset lors de son Live hebdomadaire du 19 décembre. En effet, la FSPF note que de nombreuses prestations quotidiennes, comme l’orientation du patient dans le parcours de soins, les petits soins d’urgence, l’évaluation de situations cliniques, les sorties d’hospitalisation, pourtant « essentielles à l’accès aux soins et à l’amélioration de la prévention, restent peu valorisées et réalisées gratuitement ». Aussi, les pharmaciens veulent-ils, « de façon globale, une amélioration des ressources liées à l’officine pour pouvoir effectuer ces missions », a relevé Philippe Besset.
Prévenir la dépendance
Tout en aspirant à « poursuivre sur cette voie de l’honoraire », les titulaires conservent une « prudence de chefs d’entreprise, estime Philippe Besset. Ils comprennent que le pharmacien est aussi un acheteur et que la marge et les remises commerciales sont des éléments importants et structurants de l’activité ». Aussi, constatant « un essoufflement du modèle centré sur la marge réglementée du médicament », ils demandent à « ne pas en être totalement dépendants ». Cela passe notamment, selon eux, par l’aménagement d’une marge dégressive lissée.
Critiques sur le dispositif des rémunérations sur objectifs de santé publique (Rosp), qu’ils jugent trop complexe, les confrères appellent à ce qu’il évolue pour « rémunérer de nouveaux objectifs cohérents avec les missions des pharmaciens », tels que la substitution biosimilaire, la lutte contre l’antibiorésistance, les dépistages, etc. Ils se montrent également favorables à « des innovations comme un forfait structure qui rémunérerait la pharmacie en tant qu’établissement pour son rôle dans le maillage territorial », a souligné Philippe Besset, en appelant à creuser ces éléments.
Réformer et simplifier
In fine, les pharmaciens ne tiennent pas à remettre en cause les éléments qui constituent leur mode de rémunération actuel, mais ils aspirent à les voir évoluer afin que soient mieux pris en compte « leur cœur de métier, la dispensation du médicament, et la valorisation de leur rôle dans le parcours de soins ». Ils sont favorables à « un basculement progressif vers un modèle mixte, lisible et pérenne, constitué d’une rémunération par acte et mission, d’une marge sécurisée, de Rosp orientées vers la santé publique et d’un forfait structure ». Pour parvenir à un tel modèle, il est toutefois nécessaire, selon la FSPF, de reconnaître « le temps pharmaceutique aujourd’hui non financé pendant lequel s’exerce l’essentiel de l’expertise du pharmacien ».
Lors de son Live hebdomadaire, Philippe Besset s’est réjoui de ces résultats : ils sont « une force, une légitimité pour asseoir le début des négociations après l’enquête de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale des finances, qui entrent dans la deuxième phase de leurs travaux », a-t-il déclaré. Une mission d’évaluation de l’état économique du réseau et de la distribution du médicament leur a en effet été confiée par le Premier ministre mi-octobre, parallèlement au lancement de la grande consultation. Le président de la FSPF espère une remise du rapport final Igas-IGF en février. Celui-ci doit servir de base de travail à la réflexion sur le modèle économique, à laquelle la FSPF consacrera l’année 2026, et qui devrait se matérialiser soit par un avenant n° 2, soit par une nouvelle convention.
