C’est une mission à haut risque que se voient confier la Pr Véronique Maupoil-David, ancienne directrice de la faculté de pharmacie du CHU de Tours, et le Dr Cyril Boronad, pharmacien au CH de Cannes et président du Syndicat national des pharmaciens des établissements publics de santé (Synprefh). La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, vient en effet de les mandater pour « créer des passerelles entre les diplômes d’études spécialisées (DES) courts de pharmacie (officinale et industrielle) et le DES long de pharmacie hospitalière, dans une logique d’ouverture et de décloisonnement des filières ». Le dispositif, tel qu’il est envisagé, doit permettre au titulaire d’un DES court ayant « une expérience professionnelle avérée, d’accéder au DES de pharmacie hospitalière selon des modalités adaptées, sans passer par la voie du concours d’internat, dans une approche combinant validation des acquis et formation ». Leur mission consiste, en outre, à proposer un dispositif transitoire permettant d’exercer « en pharmacie à usage intérieur (PUI) au sein des Ehpad sans le diplôme actuellement requis ».
Expérimentation à l’eau
Car, depuis le décret du 9 mai 2017, la passerelle entre pharmacie d’officine et hospitalière n’est plus. Un cloisonnement que déplorait à l’époque la FSPF. La période transitoire, autorisant un confrère à travailler en PUI dès lors qu’il justifie d’un exercice d’une durée équivalente à deux années pleines, ayant pris fin le 1er juin 2025, le gouvernement a voulu lancer l’an dernier une expérimentation permettant à des pharmaciens officinaux, non détenteurs d’un DES de pharmacie hospitalière, d’exercer en PUI… Ce qui a déclenché la colère des syndicats de pharmaciens hospitaliers, pour qui l’exercice en PUI doit être réservé aux titulaires du DES long, un principe intangible qui ne souffre aucune exception. Le ministère a donc abandonné l’idée d’une expérimentation au profit de cette mission, un changement de méthode pour ne pas « aller en force », mais « coconstruire avec la profession ». Quoi qu’il en soit, prévient-il, il faut trouver des solutions face aux difficultés de recrutement et de remplacement des pharmaciens en PUI, en particulier en Ehpad, qui conduisent parfois même « à la fermeture de PUI ».
Vigilants et dubitatifs
De leur côté, les syndicats de pharmaciens hospitaliers (SNPHPU, SNRPH, SNPGH, FNSIP-BM) et d’étudiants (Anepf) restent « vigilants et dubitatifs quant à une expérimentation dérogatoire de pharmacien non titulaire du DES de pharmacie hospitalière pour un exercice en PUI d’Ehpad ». Ils soulignent que ces « établissements jouissent d’un double circuit d’approvisionnement par des contractualisations avec une PUI d’un établissement de santé ou une officine », permettant justement d’éviter « un défaut d’accès aux soins ». Les conclusions de la mission sont attendues d’ici à quatre mois pour être mobilisables dès l’été 2026.
