N°1378
Mars 2026

Au champ d’horreur

Longtemps considérés comme un mal nécessaire pour favoriser les cultures et nourrir la planète, les pesticides cumulent les mauvaises notes en santé humaine, animale et environnementale.

© adobestock_Mandarinkaart
par Mélanie Mazière
Le 10 mars 2026
  • ???????? Zimbabwe

    De la terre…

    « Les pesticides sont largement répandus dans les sols, pourtant, leurs effets sur la biodiversité de ces derniers restent mal connus. » C’est à partir de ce constat que des universitaires ont entrepris une vaste étude relative aux effets des pesticides sur les archées, bactéries, champignons, nématodes et autres organismes naturellement présents dans les sols de 373 sites (forêts, prairies, terres cultivées) répartis dans 26 pays européens. Résultats : 63 pesticides (dont 10 étaient interdits dans l’Union européenne au moment de l’étude) ont été détectés par les chercheurs, dans 70 % des sites étudiés, en majorité des fongicides (54 %), suivis par les herbicides (35 %) et les insecticides (11 %). Le pesticide le plus souvent retrouvé n’est autre que le glyphosate, puis le boscalide, la pendiméthaline et l’époxiconazole. Si les terres cultivées sont les plus contaminées, les prairies et forêts ne sont pas épargnées, en raison d’une pollution diffuse par l’air et l’eau. Dans leur publication du 28 janvier dernier dans Nature, les auteurs mettent en exergue deux grands enseignements. D’abord, que les résidus de pesticides détectés « se sont révélés être le deuxième facteur le plus important influençant la biodiversité des sols, après les propriétés du sol ». En second lieu, qu’ils « ont altéré les fonctions microbiennes, notamment les cycles du phosphore et de l’azote, et ont supprimé des taxons bénéfiques, tels que les champignons mycorhiziens arbusculaires et les nématodes bactérivores ». En d’autres termes, les pesticides affectent des organismes qu’ils ne sont pas censés cibler. Pire : les hautes concentrations de fongicides spécifiques, tels que le bixafène, sont associées à un appauvrissement des sols en bactéries, archées, protistes, nématodes et arthropodes. A contrario, certains herbicides favoriseraient la présence de pathogènes et de parasites indésirables en abondance. Pour les auteurs, ces résultats appellent d’autres études, qui devront « intégrer les caractéristiques fonctionnelles et taxonomiques dans les futures méthodologies d’évaluation des risques, afin de préserver la biodiversité des sols, pierre angulaire du fonctionnement des écosystèmes ».

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    … jusqu’au ciel

    Les études démontrant les effets délétères des pesticides sur les insectes et les animaux sont foison. Celle publiée le 14 janvier 2026 dans Proceedings of the Royal Society B, par des chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et de l’université de Poitiers, se penche sur le lien entre leur utilisation et l’abondance d’oiseaux. À partir des données sur les ventes de pesticides, dont les chercheurs se sont assurés qu’elles reflétaient la contamination environnementale en les comparant avec des données sur les résidus de pesticides dans les eaux de surface, les auteurs ont effectué des croisements entre 242 substances actives et l’abondance de 64 espèces d’oiseaux nicheurs dans les zones cultivées. Sans surprise, ils ont pu établir une corrélation négative entre les quantités de pesticides utilisés et l’abondance de 84,4 % des espèces étudiées, « même après avoir pris en compte d’autres aspects de l’intensification agricole », tels que l’augmentation des surfaces cultivées ou l’usage d’engrais. Pire, soulignent les chercheurs, l’impact négatif « s’étend au-delà des espèces spécialistes des terres agricoles ». Après avoir rappelé que la France possède la plus grande superficie agricole d’Europe (269 000 km2) et que sa consommation de pesticides, qui n’a cessé d’augmenter depuis la Seconde Guerre mondiale, est légèrement supérieure à la moyenne européenne, les auteurs concluent : « La réduction de l’utilisation des pesticides est indispensable pour atténuer la perte actuelle de la biodiversité dans les terres agricoles. »

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    Revoilà Duplomb !

    Sa première tentative s’est soldée par une pétition signée par plus de 2 millions de Français et une censure partielle du Conseil constitutionnel. Mais le sénateur LR de Haute-Loire, Laurent Duplomb, n’a pas dit son dernier mot. Après la promulgation, en août 2025, de la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur, expurgée des dispositions sur les néonicotinoïdes, il en a déposé une nouvelle, le 30 janvier dernier, qui ne concerne plus seulement la réautorisation de l’acétamipride, mais aussi celle du flupyradifurone. Tenant compte des arguments du Conseil constitutionnel qui ont conduit à la censure, le sénateur prend soin, cette fois, de cibler les cultures destinées à recevoir les deux insecticides – betteraves, noisettes et cerises – et limite cette nouvelle autorisation à trois ans (un an pour les pulvérisations). Pour les défenseurs de la loi, il est incompréhensible que ces substances soient interdites en France mais restent autorisées en Europe, balayant d’un revers de main les centaines d’études qui confirment la toxicité des néonicotinoïdes. Si l’effondrement des colonies d’abeilles fait figure de point culminant de la preuve scientifique, les recherches pointent une toxicité directe pour tous les insectes, les invertébrés terrestres comme aquatiques (ver de terre, plancton, krill…) et les humains, avec des conséquences sur le développement de l’enfant. Ainsi qu’une toxicité indirecte par le biais de l’alimentation, qu’elle vienne à manquer ou qu’elle soit contaminée. Là encore, toutes les espèces sont concernées.

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    Effet cocktail

    Chaque année, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) publie un rapport sur les résidus de pesticides trouvés dans les aliments. Le dernier, daté de mai 2025, porte sur plus de 13 000 échantillons aléatoires prélevés en 2023 et concerne les 12 produits alimentaires les plus consommés dans l’Union européenne (UE). Résultat : les fruits, suivis du riz, des pommes de terre et des haricots secs, sont les aliments les plus contaminés. Au total, 99 % des échantillons sont conformes à la législation européenne, 70 % sont exempts de niveaux quantifiables de pesticides, 28 % présentent un ou plusieurs résidus dans les limites légales et 2 % les dépassent. Soit un risque faible pour la santé humaine. Toutefois, ce qui inquiète l’association Générations futures, à la lecture du rapport de l’Efsa, c’est l’exposition à un cocktail de pesticides, puisque sur les « 42 % de denrées alimentaires vendues en Europe [qui en] contiennent, avec des pics particulièrement inquiétants pour certains fruits, comme les poires ou les oranges », plus de la moitié renferment plusieurs résidus. Ainsi, ajoute l’association, « si la proportion globale d’aliments contaminés a peu évolué depuis 2000, le nombre d’échantillons contenant plusieurs substances actives a, quant à lui, doublé ». Quant au respect des limites maximales autorisées, il n’offre aucune garantie d’innocuité pour les consommateurs exposés à plusieurs substances à la fois. D’autant que « de plus en plus d’études scientifiques démontrent que, même à faibles doses, l’exposition à plusieurs pesticides peut entraîner des troubles cognitifs, des atteintes du système immunitaire ou encore certains cancers ». Bon à savoir : un arrêté, paru au Journal officiel du 7 janvier 2026, suspend l’importation et la mise sur le marché de certaines denrées alimentaires contenant cinq types de pesticides interdits dans l’UE : carbendazime, mancozèbe, glufosinate, bénomyl et thiophanate-méthyl.

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    La rançon du charançon

    Utilisé de 1972 à 1976, puis de 1981 à 1993, dans les Antilles, pour lutter contre le charançon du bananier, le chlordécone a pollué pour des dizaines d’années les sols, l’eau des rivières et le milieu marin à proximité. En conséquence, la principale voie d’exposition des populations à ce perturbateur endocrinien est l’alimentation locale : légumes, poissons, crustacés, œufs… Selon les estimations, 300 tonnes de substance active ont été épandues, alors même que les scientifiques de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra, devenu Inrae) ont documenté la pollution des sols et de la faune sauvage dès 1977 et que les premières données toxicologiques sur l’animal figurent dans le dossier d’autorisation du chlordécone aux États-Unis (1958). La toxicité sur l’homme est, quant à elle, attestée dès 1975, après l’empoisonnement d’employés d’une usine de fabrication américaine (qui conduira à son interdiction aux États-Unis l’année suivante). En France métropolitaine, le pesticide est prohibé en 1990. À ce jour, le chlordécone a fait l’objet de plusieurs centaines d’études pointant son association à des problèmes de fertilité, de maternité, de développement de l’enfant et au cancer de la prostate (reconnu maladie professionnelle en 2021). Au vu de la persistance de la molécule dans l’environnement, Santé publique France mène des enquêtes de biosurveillance. En 2013, son programme, baptisé Kannari, a ainsi montré que 9 Antillais sur 10 avaient du chlordécone dans le sang. L’agence récidive avec Kannari 2 pour évaluer l’évolution de cette exposition et ajoute la surveillance d’autres polluants (glyphosate et métaux lourds) présents dans l’eau, les sols, les aliments et certains produits de la vie courante. Lancée en juin 2023, l’étude, qui inclut 3 000 personnes dont 700 enfants, doit livrer son rapport final courant 2026.

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