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Dans le secret des tombeaux
Des ossements aux momies, l’étude de restes humains vieux de quelques années à plusieurs siècles est source de connaissance. Quand la science d’aujourd’hui éclaire le passé, elle se met au service de l’histoire.

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Looking for Richard
Roi d’Angleterre, Richard III est tué à l’âge de 32 ans, en 1485, lors de la bataille de Bosworth, par les troupes d’Henri Tudor, proclamé roi le jour même sous le nom d’Henri VII. Son corps, lacéré et dénudé, est alors ligoté sur un cheval et traîné jusqu’à Leicester pour être exposé à la vue de tous, avant d’être inhumé dans la Greyfriars Church. Mais, en 1538, le couvent est détruit lors de l’opération de dissolution des monastères menée par le roi Henri VIII. La rumeur dit alors que les restes de Richard III ont été jetés dans la rivière. Cette assertion est rejetée par la Richard III Society, une organisation qui vise à redorer la réputation du dernier roi Plantagenêt d’Angleterre. L’une de ses membres, Philippa Langley, monte le projet « Looking for Richard » et convainc les archéologues de l’université de Leicester de mener des fouilles. Il ne leur faut que quelques heures, le 25 août 2012, pour exhumer, sur le site devenu parking des services sociaux, le squelette d’un homme de 30 à 34 ans présentant une scoliose sévère et de nombreuses blessures péri-mortem. Victoire ! L’identité de Richard III est confirmée par les données archéologiques, ostéologiques et de datation au radiocarbone, ainsi que par les comparaisons ADN, qui ont fait l’objet d’une publication dans Nature en décembre 2014. Mais, surprise, si «l’analyse de la séquence complète d’ADN mitochondrial dusquelette révèle une correspondance parfaite avec celle d’une parente de RichardIII par lignée féminine», cen’est pas le cas concernant lalignée masculine qui présente une «rupture dans la chaîne». Autrement dit, l’apparition d’un enfant illégitime dans l’arbre généalogique. Les chercheurs ont immédiatement précisé que cette découverte n’a aucun impact sur la légitimité d’Elisabeth II, qui a régné jusqu’en 2022, celle-ci appartenant à la dynastie des Windsor. Richard III est réinhumé le 26 mars 2015 dans la cathédrale de Leicester. Quant à Philippa Langley, après un livre sur les fouilles (2013) adapté depuis au cinéma dans The Lost King (2022), elle mène un projet pour localiser la dépouille d’Henri Ier d’Angleterre et un autre, « The Missing Princes Project », pour découvrir le véritable sort des héritiers du roi Edouard V, dont Richard III est accusé du meurtre depuis six siècles…
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C’est la faute à…
Jean-Marie Arouet, dit « Voltaire », philosophe, écrivain prolifique, poète et historien, figure emblématique des Lumières à la renommée internationale, meurt d’un cancer de la prostate, le 30 mai 1778. Un diagnostic établi de façon contemporaine à partir du rapport d’autopsie du grand homme. Le soir de sa mort, à l’hôtel de son ami le marquis de la Villette, qu’il occupe depuis son retour à Paris quelques mois plus tôt, l’abbé Mignot – qui n’est autre que le neveu de Voltaire – décide de dissimuler le décès et de transporter son corps en toute discrétion à l’abbaye de Sellières, dont il est l’abbé commendataire (diocèse de Troyes), pour qu’il puisse y être inhumé malgré le refus de l’Église. Une autopsie est réalisée par le chirurgien Bertrand Try, qui procède ensuite à l’embaumement, en prévision du long voyage en carrosse, avec l’aide de l’apothicaire Pierre-François Mitouart. Si le corps est effectivement inhumé dans l’abbaye de Sellières avant de revenir en grande pompe à Paris pour entrer au Panthéon en 1791, le cervelet est conservé par l’apothicaire, qui en fait un objet de curiosité dans sa pharmacie parisienne et reste dans la famille jusqu’à sa remise à la Comédie française en 1924. Quant au cœur, le marquis de la Villette l’enferme dans une boîte sur laquelle il fait graver : « Son esprit est partout et son cœur est ici. » C’est à partir de ce cœur embaumé, aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France, que le Laboratoire anthropologie, archéologie, biologie (Laab) et le CEA de Paris-Saclay, en lien avec le service de chirurgie urologique de l’Hôpital Foch et les Archives nationales, ont mené l’enquête en 2025 sur la cause de la mort de Voltaire. Des résultats qu’ils détaillent dans le British Journal of Urology International du 22 septembre dernier. Grâce à l’analyse de quelques résidus sanglants encore présents à la surface de l’organe momifié et la découverte de protéines spécifiques, les chercheurs ont pu conclure, en cohérence avec le rapport d’autopsie, non pas à un cancer de la prostate mais à un cancer de la vessie perforée avec extension péritonéale.
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Sous une chape de plomb
La chimiste Marie Curie est décédée à 66 ans, en 1934, des suites d’une leucémie radio-induite, causée par la trop grande exposition aux éléments radioactifs qu’elle étudiait. La double prix Nobel (de physique avec son époux, et de chimie à titre individuel) rejoint alors son mari dans le caveau familial du cimetière de Sceaux (Hauts-de-Seine), lui-même décédé 18 ans plus tôt d’un accident de fiacre. En 1995, le président Mitterrand décide de conclure son double septennat par le transfert des époux Curie au Panthéon. Branle-bas de combat ! Que sait-on de la contamination radioactive des corps des deux scientifiques après des dizaines d’années sous terre ? Rien. Jean-Luc Pasquier raconte sur son blog qu’il est alors chargé, en tant que directeur scientifique de l’Office de protection contre les rayonnements ionisants, de réaliser des contrôles de contamination et d’irradiation lors de l’exhumation, tout comme le Centre d’études nucléaires du CEA de Fontenay-aux-Roses (Val-de-Marne). Les mesures faites dans le cimetière, puis dans le caveau, sont rassurantes. Surprise, le cercueil de la chimiste franco-polonaise est constitué d’une couche de plomb entre deux épaisseurs de bois, justement pour éviter toute contamination. Son corps, dont émane une très faible radioactivité, est transféré dans un nouveau cercueil, avant que la même opération soit effectuée pour la dépouille de Pierre Curie. Celui-ci repose dans un simple cercueil de bois très dégradé et ne contient plus que quelques ossements dont émane une radioactivité faible mais plus élevée que pour le corps de Marie Curie. Pour Jean-Luc Pasquier, la physicienne a certainement été fortement exposée aux radiations au cours de ses travaux sur le radium et le polonium, mais elle s’est mieux protégée par la suite, permettant au fil du temps à l’organisme de se débarrasser du radium. Un phénomène qui n’aurait pu se produire sur Pierre Curie. Les corps des deux scientifiques ont été inhumés au Panthéon, le 20 avril 1995, dans des sépultures plombées pour éviter tout risque d’irradiation. Marie Curie est alors devenue la première femme à entrer au Panthéon.
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Donnant-donnant
Des fouilles archéologiques menées en 2004 à Chypre révèlent que la « domestication » du chat remonterait au moins à 7 300 ans avant notre ère, soit bien avant l’Égypte antique. Dans une tombe néolithique datant de 9 000 ans, ont été découverts les restes d’un jeune adulte humain et, lui faisant face, d’un chat bien portant d’environ 8 mois. L’archéozoologue Jean-Denis Vigne, qui avait à l’époque publié la découverte dans Science, revient sur sa signification plus de 20 ans après, dans le podcast « LSD, la série documentaire » diffusé sur France Culture, qui consacre huit épisodes à « L’effet chat ». Rappelant que Chypre a « surgi de l’océan » et que les humains y ont « pris pied il y a 13 000 ou 15 000 ans », le chercheur ne voit qu’une possibilité à l’arrivée du chat sur cette île : le transport par bateau. Une introduction volontaire pour chasser les souris alors que se développent l’agriculture et la sédentarité. « Le chat de la sépulture est entier, son squelette est complet, la peau n’a pas été retirée, il ne s’agit donc pas d’un objet de consommation. De plus, la mise en scène sépulcrale est démonstrative de ce que les gens qui l’ont réalisée avaient dans leur imaginaire, à savoir un rapprochement fort entre l’humain et le chat dès cette époque. » Jessica Serra, éthologue, qui estime que l’île est alors occupée par une centaine de félins, considère néanmoins que l’Égypte antique constitue toujours un tournant majeur dans l’histoire du chat. Il y est vénéré et associé à des divinités comme la déesse Bastet, il entre dans les foyers où il est considéré comme un membre de la famille avant d’être momifié à sa mort. Pour autant, les chercheurs rechignent à parler de domestication, constatant que les chats se sont approchés d’eux-mêmes des habitations lorsque l’agriculture a vu le jour, attirés par les rongeurs. « Il s’agit d’une cohabitation donnant-donnant, ajoute l’éthologue. Le chat a trouvé la chaleur d’un foyer et l’humain a vu l’intérêt de le laisser faire ce qu’il sait faire de mieux : chasser. Ce n’est pas une domestication imposée, mais une cohabitation libre, utile à tous. »
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Da Vinci Code
Depuis dix ans, un groupe de chercheurs passionnés tente par tous les moyens de décoder l’ADN de Léonard de Vinci. Et le bien nommé Leonardo da Vinci DNA Project (LDVP) a franchi une étape cruciale dont les détails viennent d’être révélés dans une prépublication sur la plateforme bioRxiv, le 6 janvier 2026. En avril 2024, les auteurs ont employé une méthode de prélèvement par échantillonnage non invasive sur une œuvre attribuée au maître de la Renaissance, L’Enfant sain, dessiné à la sanguine. L’ADN prélevé correspond à des fragments génétiques retrouvés sur une lettre écrite dans les années 1400 par un cousin du grand-père de Léonard de Vinci. Plus précisément, les chercheurs ont identifié des séquences du chromosome Y appartenant à une ligne génétique spécifique, à la fois sur le dessin et sur la lettre, dont l’ancêtre commun serait originaire de Vinci, la ville natale du peintre. S’ils n’en sont qu’aux prémices d’une éventuelle reconstitution de l’ADN du génie italien, les chercheurs savent que leurs travaux sont scrutés avec une grande attention. L’enjeu ? Pour les historiens de l’art, cela reviendrait à avoir la clé d’authentification d’œuvres disputées. Pour les biologistes, cela pourrait permettre de mieux comprendre les capacités intellectuelles et la longévité de l’auteur de La Joconde.