Accueil / Santé / International / Des travaux forts de café !
Frappé, serré, corsé ou allongé, le café fait couler de l’encre chez les chercheurs. Longtemps suspecté d’être néfaste pour la santé, les scientifiques redorent désormais le blason du brun breuvage.
🇫🇷 France
Moins de diabète
L’un des atouts du café serait son effet antidiabétique, la caféine favorisant le métabolisme du glucose. Mais, comme souvent en nutrition, les études observationnelles sur le sujet comportent facilement des biais et les essais cliniques sont plutôt anciens et rares. Cependant, on dispose depuis peu « d’une belle étude de randomisation mendélienne », se réjouit le Pr Boris Hansel, diabétologue et endocrinologue à Bichat (APHP), dans son blog sur Medscape. Cette méthode repose sur l’utilisation de variations génétiques aléatoires qui sont transmises de manière indépendante des facteurs de confusion environnementaux. Elle ne remplace pas un essai clinique randomisé, mais limite les biais. Dans ce travail paru le 14 mars 2023 dans BMJ Medicine et mené en Suède sur 10 000 personnes, les chercheurs suédois et anglais ont pris en compte la sensibilité génétique au café, variable entre les individus. Schématiquement, la moitié de la population garde un taux élevé de caféine dans le sang relativement longtemps quand l’autre voit ce dernier baisser rapidement. « Les résultats sont nets, commente Boris Hansel. Les personnes qui sont en théorie les plus exposées, pour des raisons génétiques, à des taux élevés de caféine, ont un risque significativement réduit de devenir diabétique. Et il y a plus : ces mêmes personnes ont un IMC et une masse grasse plus faible. » Des calculs ont été effectués pour suggérer que l’effet antidiabétique provient pour moitié de l’IMC plus faible. Reste l’autre moitié, qui pourrait s’expliquer « par d’autres mécanismes plus directs », antidiabétiques, du café, conclut le Pr Hansel.
🇺🇸 États-Unis
Même le déca protège
Une méta-analyse menée par le Consortium international d’épidémiologie du cancer de la tête et du cou (Inhance) montre que boire chaque jour du café ou du thé serait associé à une réduction du risque de certains cancers. Les auteurs, qui publient le 23 décembre 2024 dans Cancer, ont regroupé les données de 14 études englobant 9 548 cas de cancer et 15 783 témoins. Comparé à la non-consommation, boire chaque jour plus de 4 tasses de café caféiné était conjugué à une réduction du risque de cancer de la tête et du cou de 17 %. La baisse était même de 30 % pour le cancer de la cavité buccale et de 22 % pour celui de l’oropharynx. Boire entre 3 et 4 tasses diminuerait le risque de cancer hypopharyngé de 41 %. Par ailleurs, boire du « déca » était lié à une baisse du risque de cancer de la cavité buccale de 25 %. Les buveurs de thé avaient, eux, un risque réduit de cancer de l’hypopharynx de 29 % par rapport aux non-buveurs. En revanche, boire plus d’une tasse augmenterait le risque de cancer du larynx de 38 %. « Nous avons observé des combinaisons inverses entre la consommation de café caféiné et le risque de cancer oropharyngé et hypopharyngé à différents niveaux de consommation quotidienne, ce qui n’avait pas été rapporté auparavant dans la littérature », notent les auteurs. Autre enseignement : avoir montré que même le « déca » protégerait, appuyant la possibilité que « des composés bioactifs autres que la caféine contribuent à l’effet anticancéreux potentiel du café et du thé ». Les chercheurs pensent bien sûr aux polyphénols et à leurs effets antioxydants.
🇺🇸 États-Unis
Encore mieux le matin
Une vaste étude observationnelle, parue le 8 janvier 2025 dans l’European Heart Journal, relève que « boire du café le matin pourrait être fortement associé à un risque de mortalité plus faible que boire du café plus tard dans la journée », même avec une consommation importante, suggèrent les auteurs américains. Ils ont scruté 40 725 adultes de la cohorte Nhanes (National Health and Nutrition Examination Survey) pour lesquels on disposait de données alimentaires complètes entre 1999 et 2018. Deux modèles de buveurs de café étaient identifiés : le type matinal (36 % des participants) et le type de consommateur tout au long de la journée (14 %), tandis que les autres n’en buvaient pas. Ces schémas ont été validés dans deux autres cohortes incluant 1 463 adultes. Au cours d’un suivi de 9,8 ans, 4 295 décès, toutes causes confondues, sont survenus, dont 1 268 dus à des maladies cardiovasculaires et 934 à des cancers. Après ajustement sur différents facteurs de confusion, comme les quantités prises avec et sans caféine et les heures de sommeil, il en ressort que boire son café uniquement le matin était significativement associé à un risque plus faible de mortalité toutes causes confondues de 16 %, et de mortalité spécifique aux maladies cardiovasculaires de 31 % par rapport à la non-consommation de café. Une telle association n’a pas été retrouvée chez les personnes sirotant tout au long de la journée. De surcroît, cet effet bénéfique était optimal avec une consommation matinale comprise entre deux et trois tasses (moins 29 % de mortalité, toutes causes confondues par rapport à la non-consommation).
🇫🇷 France
Saga Arabica
Denrée très prisée et cotée en bourse, le café possède une histoire fascinante. Les Arabica (Coffea arabica), qui représentent plus de 60 % des cafés produits dans le monde, viennent des hauts plateaux éthiopiens et ont été cultivés à partir du xve siècle au Yémen avant d’arriver en Asie et en Amérique. Mais une étude publiée dans Nature Genetics le 15 avril 2024 par plus de 60 scientifiques de 18 pays sous l’égide de l’IRD et de Nestlé, est parvenue à remonter bien plus loin en séquençant le génome du caféier C. arabica et de ses deux parents, C. canephora et C. eugenioides. On apprend ainsi que C. arabica est né, bien avant toute intervention humaine, de l’hybridation spontanée entre ces deux espèces sauvages il y a entre 350 000 et 610 000 ans. Il apparaît également que « C. arabica est le résultat d’une parfaite collaboration entre les deux parents, aucun des deux sous-génomes ne dominant l’autre ». Un équilibre qui explique la qualité gustative de l’Arabica, explique un coauteur. Il est enfin établi que, pour chaque nouvelle zone de culture des Arabica, la population initiale était issue d’un très petit nombre d’individus, voire de quelques graines, et que cette faible diversité génétique a rendu la production de café sensible aux aléas climatiques et aux pathogènes. Pour essayer de comprendre comment remédier à cette fragilité, les chercheurs ont séquencé 40 individus d’Arabica sauvages et cultivés provenant de l’Embrapa, l’institut agronomique brésilien. Ils ont ainsi pu caractériser les descendants de l’hybridation spontanée entre Arabica et Robusta qui a eu lieu à Timor il y a environ 100 ans et a changé la culture de l’Arabica grâce à la résistance à la rouille (principal fléau des caféiers) conférée par Robusta. L’idée des scientifiques est maintenant d’utiliser la génétique pour sélectionner des Arabica solides sans rien sacrifier de leur saveur suave.
🇮🇹 Italie
Du bien au microbiote
Une vaste analyse multiomique (discipline combinant les avancées des biotechnologies en génomique, transcriptomique, protéomique et métabolomique) des populations américaines et britanniques avec des informations alimentaires détaillées sur 22 867 individus a été menée par une équipe italo-américaine. Les auteurs, qui publient dans Nature Microbiology le 18 novembre 2024, ont ensuite intégré ces résultats aux données publiques de 211 cohortes totalisant 54 198 échantillons métagénomiques provenant de sources publiques incluant diverses populations : sujets en bonne santé, individus non-occidentalisés, nouveau-nés, nourrissons, personnes atteintes d’une maladie génétique mais aussi primates. Sur les 115 espèces bactériennes dont les effectifs croissaient avec
la consommation régulière de café, Lawsonibacter asaccharolyticus était jusqu’à huit fois plus présente chez les amateurs de café, indépendamment du sexe, de l’âge et de l’état de santé. Et cette bactérie récemment identifiée dans le côlon humain était fréquente au sein des populations occidentalisées mais rare chez les enfants et les primates. En outre, sa présence dans le microbiome était associée à celle dans le sang de produits de dégradation des acides chlorogéniques, des polyphénols largement présents dans le café. Or, ces substances sont capables de favoriser la multiplication d’autres bonnes bactéries du microbiote intestinal. De futures recherches seront nécessaires pour déterminer si cette bactérie – et d’autres – pourraient être notamment responsables des bénéfices du café pour l’organisme.
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