La doctrine du maintien de l’ordre en France implique l’emploi, massif ces dernières années, de gaz lacrymogène. Son principal composé est le 2-chlorobenzylidène malononitrile ou gaz CS, parfois associé à de la capsaïcine, l’alcaloïde présent dans les piments. Outre la sensation de brûlure, le larmoiement et les difficultés respiratoires transitoires qu’il occasionne chez les personnes exposées, ses conséquences sur la santé demeurent encore imprécises.
Une forte suspicion
Si des complications graves et parfois permanentes ont déjà été documentées (crises d’asthme, atteintes de la cornée, brûlures chimiques de la peau…), d’innombrables témoignages évoquent également des troubles gynécologiques (fortes douleurs pelviennes, règles anticipées, saignements abondants…) sans, pour l’heure, qu’une explication scientifique puisse établir définitivement un lien de causalité. Pour autant, la suspicion est de plus en plus forte. Une étude américaine de 2023 enrôlant 1 276 personnes porteuses d’un utérus et exposées à des gaz lacrymogènes a ainsi mis en évidence que 83 % d’entre elles déclaraient au moins un trouble reproductif allant jusqu’à la fausse couche.
Premières hypothèses
En France, un collectif, créé en octobre dernier, affirme avoir déjà recueilli plus de 6 000 témoignages similaires. Malgré l’absence d’études et donc de preuves biologiques formelles, certains scientifiques se sont penchés sur la question. C’est le cas du toxicologue chilien, le professeur Andrei Tchernitchin qui remarque une perturbation des éosinophiles dans le sang de plusieurs étudiants exposés au CS sous la dictature du général Pinochet. Cela augmenterait, selon lui, le risque de fausse couche. En 2020, Alexander Samuel, docteur en biologie, et André Picot, ancien directeur de recherche au CNRS, ont avancé l’hypothèse que la formation, dans l’organisme, de cyanure issu de la dégradation du CS pourrait engendrer des menstruations anormales liées à une hypoxie.
