Accueil / Santé / International / Les super pouvoirs des insectes
L’été est là et les insectes aussi, prêts à nous rendre fous avec leurs vrombissements et piqûres. Mais outre leur faculté à nous agacer, ces bestioles possèdent des talents qui forcent le respect !
🇺🇸 États-Unis
L'épopée de la blatte autostoppeuse
S’il est un insecte doué du don d’ubiquité, c’est bien la blatte. Cette peu ragoûtante colocataire de l’homme a été décrite pour la première fois par le biologiste suédois Carl Linnaeus en 1776 qui a émis l’hypothèse de ses origines allemandes. Mais les choses sont plus complexes, et l’analyse génomique de 281 Blatella germanica collectées dans 17 pays dont l’Australie, l’Éthiopie, l’Indonésie, l’Ukraine et les États-Unis, a percé le mystère, vieux de 250 ans, des origines réelles de la blatte domestique. Publiée dans PNAS le 5 avril 2024, l’étude montre que si elle s’est bien répandue dans le monde à partir de l’Europe (habitats chauffés propices à leur prolifération, transports longue distance performants), la blatte germanique n’en est pas originaire. Alors d’où vient-elle ? Les chercheurs, dont Qian Tang, biologiste de l’évolution à Harvard, ont établi que le plus proche parent de Blattella germanica est Blatella asahinai, présente aujourd’hui encore en Asie du Sud. Les analyses génomiques ont permis de reconstituer deux grandes voies de propagation, une ancienne vers l’ouest et le Moyen-Orient, coïncidant avec diverses dynasties islamiques, il y a environ 1 200 ans, et une plus récente, vers l’est, correspondant à la période coloniale européenne, il y a environ 390 ans. La blatte a ensuite voyagé depuis l’Europe vers le monde entier en accompagnant l’homme dans tous ses déplacements. Jouissant d’une extraordinaire capacité d’adaptation et d’un cycle de reproduction court, elle a donc été facilement transportée en auto-stop (le terme est employé par les scientifiques). Un haut niveau d’acclimatation pour prospérer dans un monde façonné par les humains.
🇫🇷 France
La tique géante joue les Rambo
Dans un article du 26 avril 2024, Santé publique France titre sur « un risque d’émergence en France » de la fièvre hémorragique Crimée-Congo (FHCC) : « Si aucun cas humain autochtone n’a encore été déclaré en France, le risque d’émergence de cette maladie sur le territoire est réel. » Ce virus a été détecté en octobre 2023 chez une centaine de tiques Hyalomma marginatum sur plus de 2 000 collectées sur des bovins des Pyrénées-Orientales. Or, non loin, en Espagne, une dizaine de cas humains autochtones de FHCC ont été rapportés depuis 2013, dont certains ont provoqué le décès du malade. La transmission du virus à l’humain en France est donc possible. Sachant que l’acarien – pas forcément porteur de la FHCC – a déjà pris ses aises dans 11 départements sudistes et que, d’après le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (CEPCM), il a été identifié en août 2023 dans une dizaine de départements supplémentaires, principalement en Paca mais aussi dans les Landes, en Charente, en Indre-et-Loire et dans le Loiret. Quelle est la particularité d’Hyalomma marginatum ? Cette « tique géante » peut, comme son homologue européenne plus petite, Ixodes ricinus, non seulement porter Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme, mais également transmettre la FHCC. Elle est aussi sacrément plus coriace : quand Ixodes ricinus se contente de repérer une proie, suspendue à une brindille, et d’attendre qu’elle passe pour s’y accrocher, Hyalomma margicatum joue les Rambo : elle se cache dans le sol et, dès qu’elle repère une victime potentielle, peut courir jusqu’à elle et la poursuivre pendant 10 minutes ou plus, sur 100 mètres ! Une fois accrochée, elle peut se nourrir pendant 30 jours !
🇯🇵 Japon
Une aiguille indolore inspirée du moustique
Une fois n’est pas coutume, les moustiques peuvent nous vouloir du bien. Et c’est en s’inspirant de leur trompe que deux sociétés japonaises, Terumo Corporation et Okano Industrial Corporation, ont conçu les aiguilles des seringues Nanopass 33, vendues à des millions d’exemplaires à travers le monde, notamment pour les diabétiques. Puisque nous ne sentons rien au moment de la piqûre de l’insecte, les scientifiques se sont penchés sur les caractéristiques uniques de l’organe qui lui sert à nous prélever du sang. Sa trompe n’est en fait pas cylindrique, comme le sont les aiguilles classiques, mais conique et c’est sur ce schéma qu’ont été conçues les aiguilles en titane particulièrement fines à leur extrémité (à peine 0,2 mm de diamètre extérieur tout au bout de l’aiguille). Depuis Nanopass 33 datant de 2005, un modèle encore plus fin, Nanopass 34, a été créé en 2012, avec un diamètre à la pointe du cône de 0,18 mm. De quoi faire le buzz chez les trypanophobes !
🇿🇲 Zambie
Ce qui allèche les moustiques
Une expérience grandeur nature, menée en Zambie par le Macha Research Trust en collaboration avec l’Université Johns Hopkins aux Etats-Unis, a voulu savoir pourquoi les moustiques trouvent certains humains si appétissants. Les auteurs, qui publient le 19 mai 2023 dans Current Biology, ont invité des volontaires à dormir dans six tentes grillagées reliées à une installation de la taille d’une patinoire abritant des centaines d’Anopheles gambiae, le moustique vecteur du paludisme dans la région. L’air des tentes, chargé de l’haleine et des odeurs corporelles uniques des dormeurs, était pompé à travers de longs tubes et acheminé jusqu’à l’installation principale sur des coussins absorbants, réchauffés et chargés en dioxyde de carbone pour imiter un humain endormi. Les moustiques, qui n’étaient pas infectés et ne pouvaient d’ailleurs piquer aucun humain, ont surtout été attirés par les acides carboxyliques, notamment l’acide butyrique, présent par exemple dans des fromages « puants » comme le Limburger. Sur les humains, les acides carboxyliques sont produits par des bactéries présentes sur la peau et ne sont généralement pas perceptibles. Les auteurs ont également constaté qu’un composé repoussait quant à lui les insectes piqueurs : l’eucalyptol. Ils pensent que l’échantillon en présentant une forte concentration était lié au régime alimentaire d’un des participants. Ces résultats pourraient être utilisés pour développer des répulsifs plus efficaces et, à l’inverse, concevoir des mélanges synthétiques attirant les insectes dans de vastes pièges à des fins de contrôle de masse.
🇦🇺 Australie
Une cape d'invisibilité pour cet arachnide
Arasia mullion vit en Nouvelle-Galles du Sud, dans l’est de l’Australie. Cette petite araignée est sauteuse, mais c’est loin d’être son seul don ! Des chercheurs australiens et allemands, qui ont publié le 22 mars 2022 dans Zoological Science, l’ont filmée en train de se fabriquer une cape d’invisibilité (en 2 à 4 heures). Première étape : elle cherche une petite cavité à la surface d’un tronc d’arbre. Au-dessus, elle tisse un fin maillage de fils de soie, puis arrache du tronc des débris de bois avec ses chélicères (la paire d’appendices proche de la bouche des arthropodes chélicériformes) et revient vers son ouvrage. C’est là que le génie de la bête s’exprime : du bout de ses pédipalpes (la deuxième paire d’appendices de ces arachnides), elle orne son maillage de soie de débris de bois, confectionnant un camouflage : la « cape d’invisibilité » prend forme. Perfectionniste, elle consolide son abri avec un second voile de soie. Ainsi, lorsqu’elle s’y glisse, Arasia mullion est quasi invisible. Elle passe le plus clair de son temps dans sa cachette, qui lui sert à surprendre ses proies, pondre ses œufs, échapper à un danger ou se reposer. Face à une telle technique, Harry Potter n’a qu’à bien se tenir !
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