N°1368
Mars 2025

Malins !

Ils sont capables d’empathie, de jalousie ou même d’opérer leurs congénères blessés. Les animaux possèdent une intelligence vaste et complexe que les chercheurs ne cessent de mettre au jour.

© adobestock_1093743466
par Hélène Bry
Le 16 décembre 2024
  • 🇺🇸 États-Unis

    Rats just wanna have fun !

    Le Pr Kelly Lambert, neuroscientifique à l’Université de Richmond en Virginie, raconte dans un article paru le 11 novembre 2024 dans The Conversation, comment elle a appris à conduire à des rats. Tout commence en 2019 avec sa vidéo hilarante qui a fait le tour du monde. On y voit des rongeurs ravis se saisir d’un petit fil en guise d’accélérateur. « En peu de temps, ils dirigeaient leur véhicule avec une précision surprenante pour atteindre une friandise. » Elle remarque que les rats hébergés dans un environnement enrichi – avec des jouets, des compagnons, de l’espace – apprennent à conduire plus vite. « Cela confirme l’idée selon laquelle les environnements complexes améliorent la neuroplasticité. » Mais c’est en plein confinement que ses découvertes s’accélèrent : en arrivant au labo, elle voit les rats pilotes se ruer vers elle. Curieuse de savoir si elle était témoin « de quelque chose qui s’apparente à de la joie », elle réoriente ses recherches pour comprendre comment les événements positifs et leur anticipation peuvent façonner les fonctions neuronales du cerveau. Ainsi naît le programme « Wait for it » dont les résultats préliminaires montrent que les individus forcés d’attendre leur récompense « montrent des signes de passage d’un style cognitif pessimiste à un style optimiste, obtiennent de meilleurs résultats aux tâches cognitives et sont plus audacieux dans la résolution des problèmes » que les témoins immédiatement récompensés.

  • 🇨🇭 Suisse

    Des fourmis chirurgiennes

    La vie d’une fourmi charpentière de Floride peut être rude. Ces gros insectes (1,3 cm) sont territoriaux et s’affrontent avec des colonies rivales. Certaines ressortent avec des blessures aux pattes mais, comme le rapportent, dans Current Biology le 22 juillet 2024, les entomologistes Erik Frank et Dany Buffat des universités de Würzburg en Allemagne et de Lausanne en Suisse, ces fourmis sont capables « d’opérer » un congénère blessé pour le sauver. Contrairement à la majorité des fourmis qui possèdent une glande métapleurale secrétant un traitement antiseptique, certains genres, comme la charpentière, l’ont perdu au fil de l’évolution. Mais les Camponotus floridanus ont aussi gagné une compétence inédite chez les animaux : pratiquer des amputations quand cela s’avère nécessaire, et cela avec la pleine coopération de la patiente. Si une congénère est blessée au fémur, la chirurgienne opte pour l’amputation dans 76 % des cas. Mais si c’est le tibia qui est touché, elle préfère nettoyer avec ses mandibules. Le fait est que le taux de survie des fourmis amputées au niveau du fémur est de 90 % en raison, expliquent les chercheurs, d’un risque d’infection propagé au sein de l’hémolymphe (l’équivalent du sang chez les fourmis) fortement réduit par cette opération.

  • 🇩🇪 Allemagne

    Nos cousines cortiquées

    Elles sont connues pour s’échapper de n’importe quel contenant, résoudre des énigmes ou même balancer des coquillages à des congénères trop casse-tentacules. Dans une étude internationale parue le 25 novembre 2022 dans Science Advances, pilotée par le Centre Max Delbrück de Berlin, des biologistes sont remontés aux origines de l’intelligence du céphalopode. Outre le fait que les pieuvres et nous aurions un ancêtre commun qui vivait il y a 518 millions d’années, une sorte d’animal primitif ressemblant à un ver, les chercheurs ont mis en évidence une étrange analogie entre le cerveau du plus évolué des mollusques et le nôtre : les pieuvres possèdent des régulateurs de gènes – les microARN – dans leur tissu neural, comparables en nombre à ceux que l’on trouve chez les vertébrés. Or, ces miARN jouent un rôle clé dans le développement des cerveaux complexes. Les auteurs ont analysé 18 échantillons de tissus de différentes pieuvres mortes et découvert 42 nouvelles familles de miARN, « en particulier dans les tissus neuronaux et principalement dans le cerveau ». Ces gènes ayant été conservés au fil de l’évolution, il est établi qu’ils sont donc « bénéfiques pour ces animaux et fonctionnellement essentiels ». Selon l’auteur principal, Grygoriy Zolotarov, « il s’agit de la troisième plus grande expansion de familles de miARN dans le monde animal et de la plus importante en dehors des invertébrés. Pour donner une idée de l’échelle, les huîtres, qui sont aussi des mollusques, n’ont acquis que cinq nouvelles familles de miARN depuis les derniers ancêtres qu’elles ont partagés avec les pieuvres. »

  • 🇩🇪 Allemagne

    Arroseuse arrosée

    Une étude publiée le 8 novembre 2024 dans Current Biology par des chercheurs de l’Université Humboldt de Berlin met en lumière la remarquable habileté d’une éléphante du zoo de Berlin, Mary, à utiliser un tuyau comme pommeau de douche en le saisissant par l’extrémité. Et pour atteindre son dos, elle adopte une stratégie de lasso, attrapant le tuyau plus haut et le balançant au-dessus de son corps. En revanche, quand on lui présente un tuyau plus gros et lourd, Mary le boude, préférant s’asperger avec sa trompe. Mais ce qui a le plus surpris les auteurs, qui ont immortalisé la scène dans une vidéo truculente, c’est de constater la réaction d’une autre de ses congénères, Anchali. Ayant déjà remarqué des interactions agressives au moment de la toilette, ils ont surpris cette dernière à tirer le tuyau, le soulever et le plier pour réduire le débit de la douche de Mary. L’animal a même coupé l’eau en plaçant sa trompe sur le tuyau et en abaissant son corps massif dessus. Un acte de sabotage, en somme ! « Quand j’ai vu Anchali agir la première fois, j’ai éclaté de rire », avoue l’un des auteurs qui se demande « si elle trouve ça drôle ou si elle est juste méchante ». L’hypothèse qu’elle soit jalouse de son aînée ou tente de se venger de l’agression occasionnelle de Mary à son égard reste cependant la plus plausible.

  • 🇦🇺 Australie

    La gentillesse comme preuve d’intelligence

    Des chercheurs de l’Université d’Australie occidentale à Perth ont publié le 5 juin 2024, dans Proceedings of the Royal Society B, une étude scrutant les interactions sociales chez des pies sauvages du genre Gymnorhina tibicen dorsalis. Leurs résultats confirment que les individus évoluant dans des groupes sociaux plus grands obtiennent de meilleurs scores dans une tâche d’apprentissage associatif. Mais ils ont aussi constaté que la position de chaque pie dans le groupe social est liée à ses performances cognitives. Avec, au passage, une découverte édifiante : les individus victimes d’attaques au sein d’un groupe sont ceux qui atteignent les meilleurs scores cognitifs, tandis que les plus belliqueux obtiennent les résultats les plus modestes. Un constat qui ouvre la porte à des réflexions philosophiques : et si la méchanceté était une réponse au fait d’être trop stupide pour savoir être gentil ? Les auteurs n’ont pas la réponse mais peuvent affirmer que chez les pies d’Australie, intimider ses congénères n’est pas signe d’intelligence. Bien au contraire !

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