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Cet organe méconnu, qui mesure jusqu’à 2 mètres carrés et pèse jusqu’à 5 kilos, fait l’objet de recherches pointues ainsi que de découvertes étonnantes.
🇺🇸 États-Unis
La peau d’une souris rendue transparente !
Dans L’Homme invisible de H.G. Wells, Griffin crée un sérum pour devenir invisible en jouant sur l’absorbance de la lumière des objets. De la science-fiction, bien sûr ! C’est pourtant en s’appuyant sur la même théorie que des chercheurs de l’Université de Stanford ont rendu des souris partiellement « transparentes » par simple application sur la peau de leur ventre, leurs cuisses et leur crâne d’un colorant alimentaire courant, la tartrazine (qui donne une teinte orangée aux chips ou aux sodas). Le phénomène de diffusion de la lumière et les indices de réfraction des constituants de la peau la rendent opaque au regard. Or, la tartrazine a pour effet, une fois absorbée par les tissus, d’harmoniser les indices de réfraction des molécules composant la peau et de permettre à certaines ondes du spectre lumineux de pénétrer plus profondément en limitant leur diffusion. Cette découverte laisse entrevoir des avancées intéressantes : faire apparaître les organes pour localiser une blessure, poser un diagnostic, surveiller des troubles digestifs ou identifier, voire soigner une tumeur. Mais il faudra d’abord parvenir à l’adapter à l’homme : « La peau humaine est environ dix fois plus épaisse que celle d’une souris, ce qui signifie que le temps de diffusion [de la tartrazine] sera probablement plus long », explique Zihao Ou, premier auteur de ce travail de recherche publié dans Nature le 6 septembre 2024. Sans compter qu’il faudra entreprendre d’indispensables études d’innocuité relatives à tout produit injectable.
🇺🇸 États-Unis
La famille Schtroumpf
Un jour de 1975, une ambulance fonce vers l’hôpital de Lexington avec à son bord un nouveau-né dont la couleur violette affole les soignants. Benjamin n’est pourtant pas en train de s’étouffer et les médecins sèchent devant cette teinte inexpliquée. C’est la grand-mère qui les mettra sur la piste en leur parlant des « Fugate bleus » de Troublesome Creek. Benjamin Stacy est en réalité le dernier-né d’une longue lignée de gens à la peau bleue dont le premier était un jeune orphelin français, Martin Fugate, venu immigrer en 1820 sur les rives de cette petite rivière du Kentucky. Si la peau de Martin possède cette étrange coloration bleutée, cela ne l’empêche pas d’épouser une certaine Elizabeth Smith, femme au teint pâle qui, coup du sort, possède le même gène récessif que lui. Ensemble, ils auront sept enfants dont quatre présentent cette particularité. Vivant dans une zone isolée où le brassage est limité, leurs descendants se marient avec des cousins et d’autres familles de la région, les Combs, Smith, Ritchie et Stacy. Des conditions qui engendrent la transmission sur six générations (197 ans) d’une maladie génétique rare qui explique cette anomalie chromatique, la méthémoglobinémie. Chez ces patients, une quantité anormalement élevée de méthémoglobine, une forme d’hémoglobine brun-chocolat ne fixant pas l’oxygène, est produite. La coloration bleutée des lèvres et de la peau résulte d’un sang appauvri en oxygène. Ce trouble peut être héréditaire ou causé par l’exposition à certaines substances chimiques. Dans le cas des gens bleus de Troublesome Creek, c’est une carence en enzyme cytochrome-b5-réductase qui est en cause, son rôle étant de réduire la concentration en méthémoglobine. Si celle-ci ne dépasse pas 20 %, la personne peut ne développer aucun autre symptôme que la teinte bleue.
La plupart des Fugate bleus ont d’ailleurs vécu sans complications particulières jusqu’à un âge avancé.
🇫🇷 France
Cartographie cutanée
Des systèmes de plus en plus sophistiqués de détection des cancers cutanés, intégrant de l’IA, se déploient. C’est le cas du Vectra WB360, une immense machine de 3 mètres de haut sur 5 de large, capable de photographier presque toute la peau d’un patient en une seule prise de vue grâce à 92 objectifs HD. Ce scanner dermatologique commercialisé par la firme américaine Canfield Scientific et distribué en France par Esthetec, est désormais installé, notamment, dans le centre d’examen France Dermatologie à Évreux. Il est doté d’une plateforme innovante de téléinterprétation accompagnée d’applicatifs IA en complément de l’expertise du dermatologue distant. Il produit une cartographie de tous les grains de beauté, puis le médecin peut, à distance, choisir d’en grossir un qui lui semble suspect pour l’analyser. L’objectif est d’améliorer la détection du mélanome dans le département de l’Eure qui, comme bien d’autres, rencontre des délais élevés pour accéder à une consultation de dermatologue. D’autres logiciels, comme FotoFinder (Allemagne) ou SquareMind (start-up française) révolutionnent le dépistage des cancers cutanés. Rappelons que, chaque année en France, 18 000 cas de mélanomes sont détectés, entraînant 2 000 décès.
🇬🇧 Royaume-Uni
Les PFAS passent la barrière cutanée
Une étude publiée dans Environment International en juin 2024 par des chercheurs de l’Université de Birmingham montre, pour la première fois, qu’un large éventail des per- et polyfluoroalkylées (PFAS) peut passer la barrière cutanée et même atteindre la circulation. Sur les 17 substances les plus courantes testées parmi l’éventail de ce que l’on appelle désormais les « polluants éternels », 15 présentaient une absorption cutanée substantielle : au moins 5 % de la dose d’exposition. L’absorption dans l’organisme de la PFAS la plus réglementée, l’acide perfluorooctanoïque (PFOA), était de 13,5 % quand 38,3 % supplémentaires étaient retenus dans la peau pour une éventuelle diffusion à long terme dans la circulation. L’étonnement et l’inquiétude viennent du fait que la capacité de ces substances à être absorbées par la peau avait été précédemment écartée, explique le Dr Oddný Ragnarsdóttir, auteure principale de l’étude. Ces molécules étant ionisées, on pensait que la charge électrique leur conférant cette capacité hydrofuge et antitache les rendait aussi impropres à passer la membrane cutanée. Or, affirme-t-elle, « nos recherches montrent qu’en fait, l’absorption par la peau peut être une source importante d’exposition à ces produits chimiques nocifs ». Pour ne pas recourir à des animaux, l’équipe a utilisé des modèles 3D sous forme de tissus multicouches cultivés en labo imitant les propriétés de notre peau. Pour le Dr Mohamed A. Abdallah, coauteur, l’étude « donne un premier aperçu de l’importance de la voie cutanée [dans] l’exposition à un large éventail de produits chimiques permanents », aux côtés des autres modes de pénétration des PFAS dans l’organisme déjà connus que sont les aliments et l’eau ingérés, l’air intérieur et la poussière.
🇬🇧 Royaume-Uni
Un antioxydant naturel pour booster les produits solaires
Une étude publiée en février 2022 dans Antioxydants par une équipe de l’Université de Bath menée par la pharmacologue Charareh Pourzand suggère que l’ajout d’une catégorie particulière d’antioxydants aux crèmes solaires pourrait contribuer à protéger plus puissamment la peau contre les dommages des UVA. Ces dernières années, certaines crèmes ont été enrichies en antioxydants, notamment des vitamines C et E, afin de neutraliser les radicaux libres et « servir de deuxième ligne de défense en cas d’échec des autres filtres ou écrans solaires, note-t-elle. Mais si cela semble prometteur, de nombreuses études ont montré que ces antioxydants n’avaient qu’un très modeste effet protecteur lorsqu’ils sont ajoutés aux crèmes solaires. » En particulier parce que « les UVA ont un double effet néfaste sur les cellules de la peau en générant à la fois des radicaux libres [mais aussi] du fer libre », une forme réactive pouvant générer un type de radical libre encore plus nocif. Or, « il n’a pas été démontré que les vitamines C et E étaient efficaces contre ce fer libre », précise la chercheuse. Les nouveaux travaux qu’elle et ses collègues ont mené sur des cellules de peau humaine ont montré qu’une classe particulière d’antioxydants naturels, les chromanols, présente dans les fruits et l’écorce de certains arbres, avait un double effet protecteur contre les dommages des UVA. « Notre étude a montré que ce type d’antioxydant était capable à la fois de neutraliser les radicaux libres et de piéger le fer libre qui s’accumule dans la peau exposée aux UVA. »
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