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Surchauffe morbifique
Les conséquences sur la santé humaine de la survenue de vagues de chaleurs durables et rapprochées commencent à se faire jour à la lumière de récents travaux scientifiques.

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Immunité sous pression
Si les périodes de fortes chaleurs étaient déjà considérées comme un facteur favorisant l’inflammation, ce constat n’a été longtemps qu’empirique car les études mettant en relation la température de l’air et la formulation sanguine n’offraient que des résultats peu concluants. Dans de nouveaux travaux, présentés en 2024 lors de sessions scientifiques de l’American Heart Association, des chercheurs de l’université de Louisville (Kentucky) ont utilisé des mesures complexes de la température ambiante, et notamment l’indice universel du climat thermique (UTCI). Cet indicateur, créé en 2009, calcule le stress thermique ressenti en combinant plusieurs paramètres comme la température, l’humidité ou la pression de la vapeur de l’eau, la vitesse du vent et la radiation thermique. Ils ont ensuite combiné ces données avec celles de multiples marqueurs de l’inflammation et de la réponse immunitaire relevées chez les participants. Leurs résultats montrent qu’une augmentation de 5 degrés de l’UCTI, soit l’équivalent, en une journée, d’un passage sans stress thermique à un stress modéré, est corrélée à une élévation des niveaux des facteurs clé de l’inflammation : monocytes (+ 4,2 %), éosinophiles (+ 9,5 %), lymphocytes NK (+ 9,9 %) et TNF-alpha (+ 7 %). Le système immunitaire inné a donc été activé, stimulant une réponse inflammatoire rapide et non spécifique. En revanche, la diminution des lymphocytes B (- 6,8 %) indique un abaissement du système immunitaire adaptatif, celui qui garde en mémoire les germes spécifiques (bactéries, virus…) avec lesquels l’organisme a déjà été en contact pour pouvoir mieux les combattre. Dans un contexte de multiplication des épisodes de fortes chaleurs, cette vulnérabilité accrue à l’inflammation et à différents pathogènes du corps humain inquiète grandement la communauté médicale.
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Les poumons dans le rouge
Plusieurs études, dont une française publiée en 2025 dans BMJ Open Respiratory Research et menée grâce aux données médicales de 660 000 patients associées à celles de leur exposition environnementale, montrent bien que les épisodes de canicule exacerbent les maladies pulmonaires chez ceux qui en souffrent. Les patients atteints de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sont ainsi recensés beaucoup plus souvent aux urgences hospitalières lorsqu’il fait très chaud, principalement en raison de l’effet cocktail qui associe différents facteurs : pollens, particules fines issues des gaz d’échappement, augmentation de la concentration d’ozone dans l’air, fumées d’incendies… En revanche, le fait que ces conditions climatiques extrêmes augmentent également le risque de complications respiratoires d’origine infectieuse chez les patients à risques (BPCO, asthme et sujets âgés), mais également chez les sujets en bonne santé, était jusque-là peu documenté. Les données montrent clairement que le surrisque de déclarer une pneumonie virale ou à pneumocoques, y compris chez des personnes jeunes et bien portantes, croît de manière corrélée avec l’élévation de la température de l’air et le temps d’exposition. Pour expliquer ce phénomène, les scientifiques pointent une perturbation de deux mécanismes distincts : celui de la production de mucus par les bronches qui s’épaissit avec les fortes chaleurs, favorise la stagnation des bactéries et augmente ainsi le risque d’infection, et un autre qui entraîne un affaiblissement du système immunitaire pulmonaire.
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La psyché, elle aussi accablée
Si les températures positives extrêmes entraînent des répercussions sur le plan physiologique, elles modifient également l’équilibre psychique. En perturbant la thermorégulation et le sommeil tout en favorisant la déshydratation, elles peuvent ainsi aggraver l’anxiété, les troubles de l’humeur et le risque suicidaire, particulièrement chez les personnes vulnérables. La chaleur importante et prolongée dans le temps exacerbe ainsi les symptômes de pathologies psychiatriques préexistantes, et elle réduit les capacités d’adaptation de l’organisme. En 2024, une étude du GHU Paris psychiatrie et neurosciences de Sainte-Anne montre d’ailleurs que les passages aux urgences psy ont augmenté en France, lors de chaque vague de chaleur entre 2015 et 2022, de l’ordre de 7 % pour les psychoses et de 17 % pour les démences. Lorsque la période caniculaire dure, ces services enregistrent une hausse moyenne de 44 % de l’afflux de patients. Une méta-analyse publiée en 2023 dans The Lancet établit, quant à elle, qu’une élévation de 1° C de la température moyenne quotidienne est associée à une augmentation de 1,7 % de l’incidence des suicides. Outre le fait qu’une chaleur importante a un retentissement sur le système sérotoninergique impliqué dans la régulation de l’humeur et des comportements impulsifs, elle affecte également le taux de dopamine qui joue dans la thermorégulation du corps. Une thermorégulation qui peut d’ailleurs être également perturbée par un grand nombre de molécules entrant dans le champ de la psychiatrie (troubles psychotiques, troubles de l’humeur, addictions…). D’autres médicaments, comme le lithium, voient leur concentration dans le sang grimper en flèche en cas de déshydratation, entraînant des intoxications graves.
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Pharmacovigilance renforcée
Dans une fiche intitulée « Bon usage des médicaments en cas de vague de chaleur », l’Observatoire du médicament, des dispositifs médicaux et de l’innovation thérapeutique (Omédit) Nouvelle-Aquitaine Guadeloupe Guyane rappelle que, sur la base de leurs propriétés pharmacologiques, certains médicaments sont susceptibles de contribuer à l’aggravation des états pathologiques induits par la chaleur. Qu’ils perturbent la thermorégulation au niveau central comme périphérique, provoquent des troubles de l’hydratation ou altèrent la fonction rénale, ils doivent être signalés aux patients concernés en appelant ces derniers à une vigilance particulière au cours des épisodes de canicule. C’est aussi le cas des parasympathomimétiques (pilocarpine, anticholinestérasiques, inhibiteurs de la cholinestérase) qui augmentent la sudation, ainsi que les antihypertenseurs et anti-angoreux abaissant la pression artérielle. La prudence est évidemment de mise avec les molécules dont le profil cinétique peut être affecté par une déshydratation : l’insuline, les biguanides et sulfamides hypoglycémiants, les antiarythmiques et la digoxine, certains antiépileptiques, les statines et fibrates ainsi que les sels de lithium. Pour autant, la suspension des traitements à risques durant les périodes de fortes chaleurs n’est pas une solution adaptée. Par exemple, l’arrêt brutal d’un médicament dopaminergique peut lui-même engendrer une hyperthermie. Pour que la balance bénéfices-risques continue à pencher du bon côté, les patients sont incités à surveiller leur état d’hydratation, éviter toute automédication et solliciter un avis médical pour une éventuelle adaptation de leurs traitements chroniques.
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Un plafond déjà atteint
Alors qu’elle tentait d’établir la température maximale de l’environnement à laquelle le corps humain est capable de s’adapter, la communauté scientifique a démontré que le seuil variait en fonction du pourcentage d’humidité de l’air. Une étude de 2010 a ainsi fixé la « limite supérieure de sécurité » à une température humide de 35° C avec 100 % d’humidité ou 46° C avec 50 % d’humidité. Mais la pertinence de cette estimation, testée sur des humains en laboratoire, est largement remise en cause par des résultats alarmants. C’est au sein de l’Université de Pennsylvanie (États-Unis) qu’une équipe a soumis à différentes combinaisons de chaleur et d’hygrométrie de jeunes volontaires en bonne santé, jusqu’à provoquer une élévation de leur température corporelle. Ce symptôme a été retenu comme signal de souffrance puisqu’il témoigne d’une suractivation de la pompe cardiaque dans un effort pour intensifier le flux sanguin au niveau de la peau et favoriser la dissipation de la chaleur. Les travaux, publiés dans le Journal of Applied Physiology en 2022, ont révélé que la limite se situerait plutôt à une température humide de 31° C à 100 % d’humidité ou à 38° C à 60 % d’humidité, soit un seuil significativement plus bas qu’estimé précédemment, qui se trouve régulièrement approché, voire franchi dans de nombreuses zones du globe. Les chercheurs américains notent néanmoins qu’il peut y avoir des conséquences pour la santé humaine lorsque la température et l’humidité demeurent inférieures à ces limites : même dans des conditions moins éprouvantes, le cœur et d’autres organes peuvent se trouver soumis à un stress plus important qu’à l’accoutumée. L’équipe a annoncé poursuivre ses recherches sur des volontaires plus âgés, précisant que la « limite environnementale critique » serait probablement plus basse pour cette population.