Accueil / Santé / International / Transplantations : des progrès spectaculaires
En matière de greffes, prouesses chirurgicales comme avancées médicales se succèdent en augurant de révolutions futures.
🇺🇸 États-Unis
Reins décongelés
Des chercheurs de l’Université du Minnesota (États-Unis) ont réussi à congeler – ou plutôt vitrifier dans de l’azote liquide – un rein de rat, puis à le réchauffer et le transplanter à un autre rongeur, qui a survécu à l’épreuve. Cinq rats ont ainsi reçu un rein vitrifié puis décongelé dans le cadre d’une étude publiée dans Nature Communications le 9 juin 2023. C’est la première fois que des scientifiques greffent avec succès et à plusieurs reprises un organe vital de mammifère après l’avoir plongé dans un état d’arrêt métabolique. « Les tentatives précédentes de cryoconservation d’organes ont échoué principalement en raison de la formation de glace, mais une alternative prometteuse est la vitrification, ou refroidissement rapide des organes jusqu’à un état stable, sans glace et semblable à du verre », notent les auteurs. Pour éviter la cristallisation de la glace due à un réchauffement trop lent ou la fissuration entraînée par un stress thermique, les chercheurs ont recouru au nanoréchauffement utilisant des champs magnétiques agissant sur des nanoparticules injectées dans le système vasculaire de l’organe. Après réchauffement rapide et uniforme, ces dernières sont éliminées par perfusion. Les auteurs ont montré que les reins vitrifiés peuvent être conservés cryogéniquement jusqu’à 100 jours puis récupérés avec succès pour être transplantés à des rats mâles néphrectomisés.
🇫🇷 France
La possibilité d’un îlot
La première greffe française simultanée d’un rein et d’îlots pancréatiques issus d’un donneur unique a été réalisée en août 2024 à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon. Il aura fallu attendre 2020 pour que la HAS intègre la greffe d’îlots de Langerhans dans l’arsenal des thérapies reconnues du diabète de type 1 (DT1), soit 45 ans après que la première d’entre elles ait été effectuée aux États-Unis. Bien moins risquée que de greffer le pancréas entier, la transplantation d’îlots passe en effet par la radiologie interventionnelle, sous simple anesthésie locale, et consiste en une injection des cellules endocrines directement dans le foie. Dans les faits, Christophe, un patient de 52 ans sous dialyse quotidienne, bénéficie d’une greffe rénale à Lyon le 4 août 2024. Le pancréas du même donneur est acheminé au laboratoire d’isolement d’îlots des Hôpitaux universitaires de Genève. Après extraction du pancréas, purification et comptage, les îlots sont transférés au patient. Cinq mois après sa double opération, et malgré quelques complications, Christophe se rétablit. Il a reçu une deuxième injection d’îlots fin octobre lui permettant de n’avoir désormais recours à l’insuline qu’une seule fois par jour. Il en attend une troisième dès qu’un donneur compatible sera identifié avec l’espoir de n’être, cette fois-ci, plus dépendant de l’insulinothérapie. Désormais, six à huit doubles greffes annuelles sont envisagées avec le développement prochain d’un laboratoire d’isolement des îlots au sein de l’hôpital Édouard-Herriot.
🇺🇸 États-Unis
Tout est bon dans le cochon
Deux sociétés américaines, développant des organes de porc génétiquement modifiés adaptés à l’homme, ont annoncé avoir obtenu le feu vert de la FDA pour lancer deux essais cliniques. United Therapeutics prévoit ainsi d’en mener un avec une cohorte de 6 patients atteints d’insuffisance rénale terminale, qui pourra être élargie à 50 participants si les données de sécurité et d’efficacité sont bonnes. La première greffe devrait avoir lieu mi-2025, puis la seconde au moins 12 semaines plus tard. Les patients devront être non éligibles à une greffe conventionnelle pour des raisons médicales ou inscrits sur la liste d’attente de greffe et susceptibles de mourir dans les 5 ans. Quant à l’entreprise eGenesis, elle a indiqué travailler à un essai clinique sur 3 patients en demande de greffe de rein mais avec une très faible probabilité de trouver un donneur compatible. Rappelons que c’est United Therapeutics qui a produit le rein de porc modifié et implanté sur Towana Looney, la seule patiente ainsi greffée et encore vivante deux mois après l’opération, rapporte l’Associated Press le 25 janvier 2025. « Je suis une superwoman », y confie cette Alabamienne de 53 ans, tandis que son chirurgien, le Dr Robert Montgomery de New York University (NYU) Langone Health, déclare : « Si vous la voyiez dans la rue, vous ne pourriez deviner qu’elle est la seule personne au monde à se promener avec un organe de porc qui fonctionne dans son corps. »
🇫🇷 France
Prédire le rejet
Les équipes de transplantation rénale de l’hôpital Necker (AP-HP), de l’Inserm et de Paris-Cité ont mené une étude sur l’intérêt de la biopsie liquide afin de prédire le rejet de greffe rénale en détectant l’ADN libre circulant (cfDNA) de leur donneur dans le sang des patients. Cette étude, publiée le 2 juin 2024 dans Nature Medicine, a inclus près de 3 000 patients greffés rénaux provenant de 14 centres de transplantation en Europe et aux États-Unis. Après intégration dans un algorithme multimodal de prédiction piloté par intelligence artificielle, les niveaux de cfDNA se sont révélés fortement liés aux différents types de rejet de greffe, incluant celui médié par les anticorps ainsi que le rejet cellulaire médié par les lymphocytes T. Dans un communiqué en date du 24 juin 2024, l’Inserm précise que « les analyses ont révélé que l’ajout de cfDNA aux modèles de surveillance existants améliore non seulement la détection des rejets cliniques, mais aussi des rejets infracliniques (non détectables avec les outils disponibles actuellement), ce qui permet des interventions thérapeutiques plus précoces et plus efficaces ». Par ailleurs, cette méthode non invasive diminue les coûts de santé tout en simplifiant le parcours de soins. La biopsie liquide s’étend aujourd’hui aux greffés cardiaques, pulmonaires et hépatiques.
🇺🇸 États-Unis
Œil pour œil
C’est la première greffe d’un œil entier au monde. Elle a été réalisée en mai 2023 à l’hôpital universitaire Langone Health de New York (États-Unis) sur un vétéran militaire de 46 ans. Aaron James avait été électrocuté en 2021 alors qu’il travaillait sur une ligne à haute tension, perdant son bras gauche, son œil gauche, son menton et son nez. « Plus d’un an plus tard, James s’est rétabli de manière remarquable et a repris sa vie quotidienne en Arkansas », détaille le communiqué du NYU Langone du 9 septembre 2024. L’opération, relatée dans le Jama du même jour, est une prouesse inédite : la dissection chirurgicale de l’œil est si complexe que l’équipe s’est exercée au moins quinze fois sur des cadavres. Elle a également développé une nouvelle technique de pontage microvasculaire afin de maintenir le flux sanguin vers l’œil greffé. L’intervention, qui a duré 21 heures et mobilisé 140 soignants, a couvert l’œil gauche entier, l’orbite qui l’entoure, le nez, un morceau de l’os du menton et les muscles, nerfs et vaisseaux associés issus d’un donneur en mort cérébrale. Plus d’un an après la greffe, l’œil est en parfaite santé mais il ne permet pas à Aaron de voir, même si la rétine réagit à la lumière. La restauration de la vision demeure pour l’heure une frontière encore non franchie.
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