N°1379
Avril 2026

Un chewing-gum pour contrer les HPV : info ou intox ?

Une gomme à mâcher issue de la bio-ingénierie peut-elle réduire le risque de cancer ORL ?

Des agents antiviraux et antibactériens goût fraise.
© adobestock_Igor_Nikushin
par Benoît Thelliez
Le 15 May 2026

Mettre au point un chewing-gum médical capable de réduire massivement dans la salive la charge de plusieurs micro-organismes impliqués dans certains cancers de la tête et du cou, c’est le défi relevé par une équipe de chercheurs américains dont les résultats ont été publiés en février dernier dans la très sérieuse revue Scientific Reports.

Des résultats spectaculaires

Après avoir recueilli un échantillon salivaire de 44 patients atteints de carcinome épidermoïde de la tête et du cou, les scientifiques ont mis en évidence la présence de l’un des HPV chez 100 % d’entre eux et des concentrations en bactéries Porphyromonas gingivalis et Fusobacterium nucleatum jusqu’à mille fois supérieures à celles relevées chez des personnes non atteintes. L’idée des chercheurs est alors de faire en sorte de baisser drastiquement ces concentrations pour réduire l’agressivité de la maladie et freiner sa progression. Ils conçoivent pour cela une gomme à mâcher composée d’une protéine d’origine végétale (Fril) extraite d’une légumineuse, le lablab, dont la propriété antivirale a déjà été mise en évidence. Ils lui adjoignent un peptide antibactérien, la protégrine-1, et obtiennent des résultats spectaculaires : une réduction de 93 % du taux de HPV et de 99 % de la charge bactérienne.

Sans dommage collatéral

Autre enseignement positif de ce test ex vivo : la protégrine-1 a bien éliminé les pathogènes protumoraux, mais n’a pas affecté les bactéries commensales, comme les streptocoques. Une action ciblée de haute précision qui fait une différence de taille avec les traitements anticancéreux conventionnels, connus pour perturber durablement le microbiote buccal. Si ces données de laboratoire doivent encore être confirmées par des essais cliniques pour en tirer des conclusions, la double piste d’une thérapie complémentaire aux traitements actuels et d’une prophylaxie visant à prévenir l’infection et sa transmission est bel et bien ouverte.

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