N°1368
Mars 2025

Un masque pollue pendant 450 ans : info ou intox  ?

Les masques qui échouent au sol sont-ils une nouvelle source de pollution à très long terme ?

©  adobestock_ievgeniy
par Hélène Bry
Le 10 octobre 2020

Certains articles parlent de 400 ou 450 ans avant qu’un masque chirurgical (ou FFP2, c’est la même matière : du polypropylène, un polymère s’apparentant à du plastique) ne se dégrade totalement. Le chiffre n’est pas faux, mais demeure une hypothèse très pessimiste selon Étienne Grau, enseignant-chercheur au laboratoire de chimie des polymères organiques (LCPO) de l’Université de Bordeaux.

Invisible, mais toujours là

Il explique : « Les 450 ans, c’est le temps qu’est censé mettre le polymère, en présence d’oxygène, pour former du CO2 et réintégrer le cycle du carbone. C’est un chiffre qu’on obtient en faisant des expériences de combustion à des températures très élevées, puis en extrapolant à température ambiante car, évidemment, des expériences sur 450 ans ne sont pas envisageables. » Or deux phénomènes autorisent raisonnablement un plus grand optimisme : l’érosion et la présence possible dans le sol de micro-organismes capables d’assimiler le masque. « On sait qu’un matériau plastique s’érode avec la lessivation de la pluie, la lumière et le temps, puis génère des microplastiques, toute cette pollution dont on entend tant parler », explique le normalien. En combien de temps ? « L’épaisseur d’un masque chirurgical est de 100 micromètres et le polypropylène s’érode de 0,2 à 10 micromètres par an. Donc grosso modo, il faut 10 ans pour que le masque soit invisible. » Mais attention, « il s’est décomposé à l’échelle macroscopique, celle de l’objet, mais persiste à l’échelle microscopique, celle des microplastiques ». Selon le chercheur, il faut 20 ans supplémentaires pour que le sol « digère ». Donc 30 ans au total. « L’idée n’est pas d’attendre que la nature absorbe les masques, mais de les jeter à la poubelle avec civisme », rappelle celui pour qui les masques en tissu ne sont guère moins polluants (eau et pesticides pour produire le coton). Reste le recyclage que pratique notamment « une société de Chatellerault qui fabrique déjà des visières à partir de masques recyclés nettoyés aux UV ».

 

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