Sans parler du jus de pamplemousse, on sait déjà que certains liquides ne sont pas indiqués pour être associés à la prise d’un médicament per os, même si les notices sont rarement précises sur ce volet de la thérapeutique. Mais voilà qu’une étude de chercheurs de l’université Semmelweis de Budapest (Hongrie) vient remettre en question ce que l’on tenait pour acquis : la composition de l’eau qui accompagne la prise médicamenteuse ne serait en réalité pas anodine.
Alcalinité mal venue
L’idée de ces scientifiques était de mesurer la capacité de certaines boissons à altérer la couche protectrice des galéniques conçues pour ne pas se dissoudre dans le milieu très acide de l’estomac, et notamment de différentes eaux en bouteille vendues dans le commerce. Publiés dans Pharmaceutics en avril dernier, leurs résultats montrent clairement que certaines eaux alcalines à haute teneur en minéraux ont précocement altéré l’enrobage entérique des comprimés ou gélules. Dans certains cas, ce dernier a même commencé à se détériorer après seulement 5 minutes. En l’espace de 15 à 30 minutes de prétrempage, plus de 90 % du principe actif avait ainsi été libéré prématurément. En revanche, des liquides plus acides, comme le jus de pomme, n’ont pas attaqué le revêtement protecteur et ont permis une libération du principe actif dans les intestins.
Notices lacunaires
Les chercheurs ont également analysé les RCP de 103 médicaments pourvus d’un enrobage entérique. Dans 42 cas, la notice ne précisait pas que le médicament devait être pris avec un liquide et, dans 31 autres, seul le terme « liquide » était mentionné. Enfin, 21 RCP faisaient simplement référence à de « l’eau », sans plus de précisions sur sa composition. Seuls 9 RCP fournissaient des conseils spécifiques sur la boisson à prendre, ou à mélanger avec le médicament en cas d’ouverture préalable de la gélule, à savoir un jus de fruits ou un autre liquide légèrement acide.
