La FSPF l’avait promis : la rentrée allait voir l’intensification de la lutte si le gouvernement restait sourd aux revendications des pharmaciens durant la pause estivale. Le 31 août, la publication, en pleine page dans la presse nationale, d’un communiqué titré « Le gouvernement privilégie les laboratoires pharmaceutiques au détriment de votre santé » a donné le ton, envoyant un signal fort aux décideurs politiques mais aussi au grand public. Alors que le gouvernement mené par François Bayrou est sur la sellette, les syndicats officinaux avancent leurs pions pour une contestation tous azimuts.
Trois axes
Comme l’a expliqué Philippe Besset, président de la FSPF, au cours de son Live hebdomadaire, « trois leviers peuvent être actionnés pour obliger un gouvernement à revenir en arrière sur un arrêté ministériel. Nous mettons en œuvre ces trois axes simultanément, tout en conservant une grande agilité pour nous adapter en permanence aux réactions de l’exécutif. » Le calendrier des actions pour les semaines à venir a été présenté à la presse mardi dernier, poursuivant la pédagogie à destination des médias grand public susceptibles de relayer auprès de leurs lecteurs les raisons de la colère de la profession et l’urgence de la situation.
Viser l’exécutif et utiliser la voie judiciaire
La première voie, que les syndicats exploitent sans relâche depuis plusieurs mois et qu’ils ont encore activé cette semaine, est celle de la pression mise sur l’exécutif. En effet, le gouvernement a la possibilité de retirer ou de suspendre l’arrêté à l’origine de toute la contestation. « Et cela peut être effectué par le gouvernement, quel que soit le Premier ministre à sa tête », a précisé Philippe Besset, conscient de l’obsolescence de l’ère Bayrou.
Des recours sont également possibles au niveau judiciaire : assistés d’avocats experts, les syndicats, dont la FSPF, comptent déposer des requêtes pour faire annuler par le Conseil d’État les dispositions contestées.
Grève générale et PDA
Le troisième et dernier mode de lutte consiste en « l’interpellation du peuple et de ses représentants, les députés ». Cette action aura une portée d’autant plus large que la mobilisation locale des officinaux sera intense. Á l’occasion de sa conférence de presse, mais aussi de son Live hebdomadaire, le président de la FSPF a indiqué les jalons du déploiement national de la mobilisation sur le terrain. Le plus spectaculaire est prévu pour le jeudi 18 septembre. « Ce jour-là, nous appelons à une grève de toutes les pharmacies, a martelé Philippe Besset. Des manifestations seront organisées dans toute la France, chacun pourra y participer. » Elles seront relayées en direct sur les réseaux sociaux et sur le site internet de la mobilisation pharmaciens.
Par ailleurs, l’intersyndicale a annoncé s’attaquer à la préparation des doses à administrer (PDA) pour les Ehpad : « Nous n’avons plus les moyens économiques de respecter ces contrats » qui lient des pharmacies à des établissements de soin, constate le président de la FSPF. Des modèles de lettres de résiliation vont être mis à disposition des titulaires, pour qu’ils puissent alerter les directions d’établissements ainsi que les ARS.
Des actions initiales prolongées
Les autres actions se poursuivent : les pharmaciens sont appelés à pérenniser la grève des gardes, en se signalant auprès des ARS et en répondant aux réquisitions. Le refus du tiers payant durant ces gardes est toujours de mise. La pétition « Non aux déserts pharmaceutiques » est encore active. Plus de 165 000 personnes l’ont déjà signée en ligne, et le décompte est en cours pour les versions papier, qui ont été plébiscitées notamment par les patients les plus âgés : les estimations sont de plus de 2 millions de soutiens recueillis par ce biais. Toujours pour mieux informer le grand public, une carte des pharmacies disparues vient d’être mise en ligne sous la bannière Action pharmacie rurale : leurs localisations sont renseignées pour rendre visible la réalité de la désertification pharmaceutique.
Les députés dans le viseur
Sur le même principe, une carte, consultable en ligne sera mise à disposition prochainement : elle recensera le positionnement de chaque député vis-à-vis de la situation tragique que connaissent les pharmacies. Ces élus seront individuellement appelés à soutenir un amendement relatif au plafonnement des remises commerciales que rédige actuellement la FSPF. L’objectif est simple : « Maintenir un modèle gagnant-gagnant pour l’Assurance maladie et le réseau officinal en redonnant au législateur le soin de fixer les plafonds de remises. » Pour cela, le syndicat souhaite faire inscrire dans le Code de la Sécurité sociale les taux de remises sur les différents types de médicaments pour éviter que ces derniers puissent être modifiés comme ils viennent de l’être, sans consultation ni réflexion sur les conséquences d’un tel changement de règles.
Un Congrès plus politique que jamais
Enfin, Philippe Besset appelle ses troupes à se rassembler à l’occasion du Congrès des pharmaciens qui se tiendra les 11 et 12 octobre à Lyon. « Il s’agit d’un moment clé de la mobilisation et de la confrontation politique. » L’actuel ministre de la Santé et député de l’Isère, Yannick Neuder, sera notamment présent, ainsi qu’Édouard Philippe, ancien premier ministre, maire du Havre (Seine-Maritime) et candidat déclaré à l’élection présidentielle.
