Quels sont les grands axes de votre programme ?
Tout d’abord, il y a la convention qui nous lie à l’Assurance maladie et la négociation de l’avenant n° 3, dont nous attendons l’ouverture sous peu. Elle fait évoluer notre métier avec, notamment, une importance accrue de notre rôle de professionnel de santé de premier recours. C’est également elle qui fixe la rémunération d’une très grosse partie de notre activité. C’est donc un axe prioritaire. Aujourd’hui, la vie conventionnelle ne se passe pas trop mal grâce à nos partenaires qui misent sur la pharmacie. Je suis toujours positivement étonné de voir que les rapports Charges et Produits de l’Assurance maladie proposent, de plus en plus, des actions et des missions qui étendent les compétences des pharmaciens. C’est par exemple le cas de la délivrance d’antibiotiques dans certaines situations, ce qui était encore inenvisageable il y a peu. Le fait que, d’un côté, les médecins soient débordés et que des zones importantes du territoire soient sous-dotées en offre médicale et que, de l’autre, le maillage pharmaceutique demeure pour le moment satisfaisant, offre de nouvelles opportunités à notre profession. La Cnam ne s’est pas trompée sur ce constat et elle envoie les bons signaux. Bien évidemment, le champ conventionnel nous amènera aussi à parler d’autres missions, mais je ne peux pas passer sous silence un problème fondamental qui retient particulièrement mon attention : la simplification de notre exercice professionnel.
Que demandez-vous précisément à ce sujet ?
Les pharmaciens en ont assez de devoir passer énormément de temps à vérifier que la prescription est conforme et respecte des critères stricts, notamment qu’elle est bien assortie des documents à fournir par le médecin, lequel n’est pas au courant parce que la mesure est nouvelle ou refuse de le faire en alléguant une surcharge administrative que je peux comprendre. Mais à la fin, celui qui est impacté, c’est le pharmacien. Il perd du temps, risque des indus et a devant lui un patient mécontent. Cette simplification est fondamentale et j’ai bon espoir de pouvoir faire des propositions en ce sens à l’Assurance maladie.
La structure conventionnelle est-elle à revoir ?
Nous sommes sous un régime de conventions monoprofessionnelles et d’accords conventionnels interprofessionnels (ACI) qui portent sur des structures comme les CPTS ou les MSP. Mais ce dont nous avons réellement besoin, ce sont des conventions ou des ACI thématiques, qui pourraient mettre autour de la table plusieurs professions de santé. Aujourd’hui, nous travaillons en silo et un exemple l’illustre très bien : les médecins ont, dans leur convention, un axe sur la déprescription et les pharmaciens en ont un sur les bilans de médication. Les premiers se plaignent que les officinaux ne réalisent pas assez de bilans et les seconds affirment que les médecins ne tiennent pas compte de ceux qu’ils leur envoient. Chacun reste campé sur ses positions alors qu’il y a de vraies coopérations à nouer sur des thèmes majeurs, comme celui de l’observance. Nous avons, par ailleurs, un autre problème de fond : la convention dure cinq ans et coïncide avec l’élection présidentielle et les périodes d’immobilisme qui l’encadrent. Il est vraiment crucial que nous puissions déterminer, comme le souhaitait déjà Philippe Besset, que la convention soit pérenne tout en étant remise en question, très régulièrement, sur des points bien particuliers. C’est également ce que j’appelle de mes vœux, car notre métier évolue tellement vite que ce qui est pertinent aujourd’hui ne le sera plus dans cinq ans. Mon autre sujet de préoccupation est de maintenir les pharmacies dans les territoires.
« Nous n’accepterons pas
que nos partenaires
viennent les mains vides. »
Aujourd’hui, la perte d’officines est sur un tendanciel annuel qui n’est jamais remis en question. Si l’on regarde de près, ce ne sont pas uniquement des pharmacies rurales et isolées qui disparaissent. L’enquête que nous sommes en train de mener commence à le montrer. Beaucoup de pharmacies ferment dans les villes, où il y a une surdensité historique. Il faut donc repenser le modèle de la répartition, mais on ne peut pas, avec des dispositifs qui sont expérimentaux et que beaucoup voudraient voir entrer dans le droit commun, comme les antennes, redistribuer les cartes efficacement et surtout équitablement.
Qu’attendez-vous de cette négociation ?
La lettre de cadrage de la ministre de la Santé contient à peu près tout ce qui nous préoccupe actuellement. Elle prévoit deux chantiers, dont le premier correspond à l’avenant n° 3 à la convention actuelle qui comprend trois axes. Tout d’abord l’expérimentation Osys transposée dans le droit commun. Dans les faits, il s’agit de cadrer et de rémunérer ce que nous faisons déjà tous les jours. Le deuxième axe de travail s’articule autour de la prise de la tension artérielle par les pharmaciens, autorisée par la loi Neuder, que nous souhaitons voir assortie d’un suivi, par le pharmacien, des patients traités pour hypertension artérielle. Le dernier porte sur l’entretien avec les patients diabétiques de type 2, qui a déjà été discuté durant dix-huit mois en comité paritaire national des programmes d’action (CPN-PA). Globalement, et compte tenu des travaux préparatoires menés en amont, il ne reste plus qu’à négocier les tarifs. Cet avenant n° 3 devrait donc aller rapidement à sa conclusion. En revanche, le chantier de la réforme de la rémunération de l’officine est plus complexe et prendra plus de temps. Quoi qu’il en soit, nous n’accepterons pas que nos partenaires viennent les mains vides en nous expliquant que les compteurs seront remis à zéro car, pendant ce temps-là, des pharmacies continuent de mettre la clé sous la porte. Nous ne voulons pas d’un nouveau pansement qui finira, comme les autres, par se décoller. Il faut absolument mettre en place une rémunération de notre cœur de métier qui permette de donner de l’oxygène aux pharmaciens pendant un certain nombre d’années.
Quid de la financiarisation ?
Il est désormais admis qu’elle existe, alors que faire ? Soit on estime que cela va permettre d’aider un certain nombre de jeunes à s’installer puisque les fonds coûtent cher. Ou alors, on se dit qu’on ne va pas fermer les yeux sur une situation qui aboutit à une perte d’indépendance des professionnels de santé. Certes, notre profession est réglementée, mais je veux pouvoir organiser mon exercice en fonction de mes convictions et de mes obligations et ne pas laisser un fonds d’investissement, dont l’intérêt premier n’est pas la santé publique, dicter ma conduite.
« Il faut que nos tutelles
cessent de penser que
nous sommes des nantis. »
Si nous nous sommes battus pour devenir des professionnels de santé reconnus comme tels, ce n’est pas pour abandonner notre indépendance à des acteurs économiques envers lesquels nous serions redevables et qui nous pousseraient à n’être que des commerçants. Cela équivaudrait à un violent retour en arrière. Pour contrer cela, nous devons pouvoir travailler de concert avec l’Ordre qui a la légitimité d’analyser juridiquement tous les contrats. Il faut également agir à l’université, en intégrant systématiquement au cursus des pharmaciens un module de formation sur les risques de la financiarisation.
Faut-il modifier la loi pour que les pharmaciens récupèrent les marges captées par les groupements ?
Les groupements sont les seuls acteurs qui ne soient pas réglementés. Je pense cependant que leur existence est nécessaire et même indispensable pour certaines typologies de pharmacies. Le rapport Igas/IGF estime que 400 à 500 millions d’euros seraient captés par ces structures, mais le flou persiste. Un gros travail d’éclaircissement doit donc être réalisé, car nous avons tous besoin de transparence pour avancer dans la bonne direction. Donc oui à l’entrée dans le Code de la santé publique d’un statut de groupement qui devra se soumettre à des règles strictes, comme c’est le cas pour les pharmaciens.
Quelle sera votre méthode à la tête de la FSPF ?
Si l’agitation n’est pas ma marque de fabrique, je suis capable d’être très remonté lorsqu’il s’agit de défendre la profession contre les attaques injustes qu’elle peut subir. Je me méfie des polémiques stériles sur les réseaux sociaux qui, bien souvent, donnent une mauvaise image de ceux qui y participent. En revanche, je n’ai pas peur de dire les choses et je ne supporte pas d’entendre des critiques fondées sur des images d’un autre temps. Il faut que nos tutelles cessent de penser que nous sommes des nantis. Aujourd’hui, les pharmaciens ont plus que prouvé qu’ils étaient incontournables pour le système de santé. Nous avons relevé le défi des génériques, celui de la Covid-19 avec les dépistages et la vaccination, et désormais celui de la prévention. Nous prenons un virage stratégique pour défendre le réseau officinal qu’il est, plus que jamais, primordial de préserver.
