N°1376
Janvier 2026

« Notre profession a un énorme potentiel »

Noémie Chantrel-Richard - présidente de l'Anepf

Présente dans les cortèges du 18 septembre dernier, la nouvelle présidente de l’Anepf témoigne de l’intérêt des futurs adjoints et titulaires pour les nouvelles missions et appelle à des réformes du mode de la rémunération officinale ainsi que de la formation universitaire.

© Nicolas Kovarik
par Alexandra Chopard et Benoît Thelliez
Le 26 septembre 2025
BIOEXPRESS

Étudiante en cinquième année
à la faculté de pharmacie
de Rouen, Noémie Chantrel-
Richard
poursuit le travail
entamé par ses prédécesseurs,
avec une sensibilité particulière
pour le bien-être étudiant.
2025 : présidente de l’Anepf.
Depuis 2024 : élue à la
commission de formation
et de vie universitaire (CFVU).
2024-2025 : déléguée Anepf
au sein de l’Association
des étudiants en pharmacie
de Rouen (AEPR), en charge
de la lutte contre les
discriminations et les violences
sexistes et sexuelles.
2023-2024 : tutrice référente
au sein du tutorat santé
de Rouen et chargée de mission
au sein de l’AEPR.
2022-2023 : tutrice au sein
du tutorat santé de Rouen.

L’actualité autour de l’évolution préoccupante de l’économie du réseau officinal inquiète-t-elle les étudiants ?

Nous étions dans la rue avec toute la profession le 18 septembre. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas simple pour les étudiants de se positionner sur les sujets très économiques. Cette actualité soulève selon nous une question plus large : pourquoi les officines dépendent-elles encore de ces remises génériques alors que l’on plaide pour une profession tournée vers la santé publique et le bon usage du médicament ? Pourquoi nos finances sont-elles encore aussi intimement liées au nombre de boîtes que l’on délivre ? Tout cela nous interroge : le système de rémunération doit être repensé pour mieux mettre en valeur les missions de prévention que les officinaux réalisent déjà (les Trod, les entretiens pharmaceutiques, les bilans, etc.) tout en prenant en compte celles qu’ils effectuent en plus, mais qui ne sont toujours pas rémunérées. Nous avons également la volonté de battre en brèche l’idée que peut encore avoir le grand public du pharmacien qui ne serait là que pour délivrer des boîtes. Cette vision de la profession, nous y sommes confrontés dès nos études et nous souhaitons la voir rectifiée !

Vous évoquez un changement de la structure de rémunération. Quelles sont les évolutions qui vous sembleraient pertinentes ?

Peut-être qu’un honoraire de dispensation pourrait être travaillé pour véritablement mettre en valeur le conseil et l’accompagnement du patient qui va au-delà de la simple délivrance. Par ailleurs, des expérimentations comme Osys sont particulièrement intéressantes : elles permettent au pharmacien de jouer un rôle plus important auprès des patients et de faciliter leur parcours de soins. L’Anepf porte également depuis trois ans une réflexion sur le retrait des tiques et la prise en charge des petites plaies.

« Le système de
rémunération
doit être repensé. »

Globalement, les nouvelles générations de pharmaciens ont grandi dans un contexte de développement des déserts médicaux et dans la peur des fermetures d’officines faute de prescripteurs installés à proximité. Nous avons vraiment la volonté de diversifier nos missions et de réaffirmer notre place au sein de la grande famille des professionnels de santé, ainsi que dans le parcours de soins de manière générale. L’ensemble des missions que peut proposer le pharmacien à ses patients est essentiel car son travail est complémentaire de celui des autres soignants. Nous pensons que notre profession a un énorme potentiel.

L’attractivité de la pharmacie d’officine, en berne, pourrait-elle être améliorée par ce changement de mode de rémunération ?

L’attractivité de la profession pose effectivement un problème. Les mesures qui touchent les officinaux, notamment les baisses de prix des médicaments, n’aident pas. Les étudiants, en particulier ceux de sixième année, commencent à se poser des questions et s’inquiètent d’un environnement qui ne serait pas propice à l’installation : ne serait-ce pas se mettre dans une situation compliquée que de devenir titulaire ? La stabilité économique et la pérennité du maillage territorial sont des éléments essentiels à assurer. L’élargissement de notre champ d’action avec la création de nouvelles missions justement rémunérées pourrait améliorer l’attractivité de la filière officine. Être autorisé à réaliser ce genre de prises en charge aiderait à garantir un accès aux soins de proximité pour tous : cela contribuerait à rendre notre présence nécessaire sur tout le territoire, en respectant bien sûr la limite du rôle du pharmacien. Mais si l’on demande aux pharmaciens de prendre plus de place, de gérer plus de missions, de les développer et d’être rémunérés pour cela, il faut que nous y soyons formés. Et cela ne peut se faire sans une refonte de notre cursus, de la première à la dernière année. Cela fait partie des objectifs de la réforme que nous demandons : faire en sorte que le futur pharmacien ait des compétences solides et larges à la sortie de sa sixième année. Cela concerne également la filière industrie : le sujet de l’évaluation des compétences est le même pour toutes les filières.

Vous portez donc un projet de réforme des études. Quelles en sont les grandes lignes ?

Nous prônons, en accord avec les autres associations étudiantes, une première année qui soit commune et unique pour toutes les filières de santé, donc médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kinésithérapie, au lieu du système actuel de double accès soit via un Pass, soit via une LAS. Cela permettrait notamment d’assurer une meilleure lisibilité au niveau de l’entrée dans les études de santé, pour les lycéens surtout, qui se renseignent sur les filières sur Parcoursup. Cette simplification est d’ailleurs une volonté gouvernementale, vu les importantes critiques qui figuraient dans le rapport de la Cour des comptes sorti en décembre 2024.

« Nous demandons
une réforme du mécanisme
des bourses. »

Nous demandons également la mise en place d’un cursus suivant le modèle d’une licence avec une continuité dans le parcours pour qu’un étudiant qui échoue à entrer dans les études de santé garde le bénéfice de sa licence et puisse continuer vers une carrière en rapport avec son envie de départ, par exemple en droit de la santé. Concernant l’accès direct aux études de pharmacie après le bac, idée soutenue par les doyens de faculté et les syndicats, nous craignons que cela entraîne une mise à l’écart de notre profession. Au contraire, il nous semble urgent de mettre l’accent sur l’appartenance du pharmacien aux professions de santé. Si une expérimentation doit se faire, il faudra avoir l’assurance que cela ne créera pas de rupture d’égalité, tant académique que territoriale, entre les étudiants. Nous favorisons un modèle d’accès unique et commun.

Concernant spécifiquement le troisième cycle, à quoi correspond la réforme en cours ?

Elle vise la création d’un diplôme d’études spécialisées (DES) pour les filières officine et industrie. La durée du stage de dernière année passerait à neuf mois, répartis sur l’année en complément des temps d’enseignement, soit un temps plus long qui permettrait d’exercer sur deux lieux de stage différents. Ce qui bloque actuellement, c’est la traduction en textes règlementaires. Mais notre objectif est toujours de voir le DES entrer en application à la rentrée prochaine.

En septembre, 200 places vides ont été comptabilisées en deuxième année. Comment réagissez-vous ?

Les chiffres sont effarants : sur les quatre dernières années universitaires, cela représente 2 000 pharmaciens formés en moins donc, effectivement, cela fait peur. Mais il faut quand même nuancer le propos : il y a eu, au moment de la mise en place de la dernière réforme créant le système Pass-LAS, une petite augmentation du nombre de places en pharma, ce qui fait que nous sommes actuellement à peu près au même nombre de places demeurant vacantes qu’à l’époque de la Paces. En réaction à cette problématique, nous avons mené d’importantes actions de promotion des études de pharmacie, notamment avec l’opération « Bouge ta pharma » l’an dernier. À l’échelle nationale, des centaines de défis ont été réalisés : des vidéos, des jeux de société, des interventions… Les étudiants se sont montrés extrêmement impliqués sur cette problématique. C’est très impressionnant de voir ce qu’ils sont capables de faire pour soutenir leur filière. L’Anepf travaille aussi à la promotion des études de pharmacie auprès des lycéens. Celle-ci est notamment réalisée par des étudiants par ailleurs impliqués dans les tutorats, ces organisations le plus souvent associatives qui accompagnent, pour des sommes très modiques, les étudiants de première année.

L’Anepf s’est inquiétée, cette année encore, de l’augmentation du coût de la rentrée étudiante.

La problématique des moyens financiers des étudiants est de plus en plus lourde. Nous avons créé, en 2017, un fonds de dotation, financé par du mécénat, pour aider ceux qui ont besoin d’une aide ponctuelle. Généralement, il s’agit de personnes qui ne reçoivent pas de bourse. Car, même si elles parviennent à tenir durant les premières années, elles peuvent finir par se retrouver en situation de précarité, par exemple au moment du concours de l’internat qui oblige à acheter beaucoup de livres et à financer ses transports et son logement au moment des épreuves. Nous sommes confrontés à des étudiants qui demandent de l’aide pour pouvoir passer leur concours dans des conditions aussi correctes que possible. Plus largement, et de façon collégiale avec les autres associations étudiantes, nous demandons une réforme du mécanisme des bourses, en particulier leur indexation sur l’inflation. Emmanuel Macron avait promis de la mettre en place, mais ce n’est toujours pas le cas.

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