Les tensions constatées en novembre sur le propranolol 40 mg sont progressivement devenues des ruptures. Confrontés depuis plusieurs semaines à d’importantes difficultés d’approvisionnement en propanolol 40 mg, les pharmaciens viennent enfin d’être autorisés par les autorités sanitaires à réaliser et délivrer des préparations magistrales de gélules dosées à 20 et 40 mg. La FSPF, tout comme les Pharmaciens des préparatoires de France (Pref) et le Syndicat national de la préparation pharmaceutique (SN2P), avait multiplié les alertes, début janvier, pour presser l’Agence du médicament et des produits de santé (ANSM). Après des mesures de contingentement et la demande faite aux médecins de limiter les initiations de traitement, le 9 janvier dernier, l’ANSM a fini par publier, 10 jours plus tard, une recommandation de remplacement, suivie de la publication, au Journal officiel (JO) du 20 janvier, d’un arrêté fixant le prix de la prise en charge de ces préparations magistrales.
Délivrance exceptionnelle
Dans sa recommandation, l’Agence stipule que « si la spécialité initialement prescrite n’est pas disponible, le pharmacien peut, à titre exceptionnel et temporaire, délivrer une préparation magistrale […] sans que le patient présente une nouvelle ordonnance ». Seuls les comprimés dosés à 40 mg non sécables des laboratoires Accord et EG, et les comprimés à 40 mg sécables des laboratoires Arrow, Biogaran et Teva, sont concernés par cette autorisation de remplacement, dont les conditions sont détaillées par la FSPF dans une circulaire. Cette dernière précise aussi quelles sont les modalités de dispensation, à savoir : inscription sur l’ordonnance de la mention « Préparation magistrale » et de la posologie correspondante, information du prescripteur et du patient, conseils aux patients en cas d’effets indésirables ou inhabituels liés à ce remplacement. La circulaire indique également que les préparations magistrales de gélules de propranolol dosées à 20 mg ou 40 mg peuvent être facturées à l’Assurance maladie au moyen du code acte « PMR » et sont remboursables à 65 %.
Un montant « indécent »
Selon l’arrêté publié au JO, la prise en charge des préparations magistrales s’interrompra lorsque le médicament sera de nouveau disponible, sur décision de l’ANSM. Le texte recommande au pharmacien de dispenser le conditionnement de la préparation le plus économique compatible avec une délivrance pour un mois. Il précise que les frais pour la réalisation de ces préparations magistrales et le prix de vente au public (TTC) s’établissent respectivement à 22,47 euros et 24,22 euros pour 60 gélules de propanolol 20 mg, et à 23,57 euros et 25,32 euros pour 60 gélules à 40 mg. Dans les deux cas, le prix de vente au public inclut des frais de dispensation de 1,75 euros. Un montant qui ne « va pas du tout » pour le président de la FSPF, qui l’a qualifié d’« indécent » lors de son Live hebdomadaire du 23 janvier. Philippe Besset a en effet estimé que ce prix « ne représente absolument pas l’intégralité du travail du pharmacien en matière de commande et de traçabilité, ainsi que pour expliquer aux patients et aux médecins qu’une préparation magistrale remplace un médicament industriel ». Il s’est montré déterminé à obtenir, à l’avenir, « une rémunération de l’ordre de 10 euros à chaque fois qu’il y aura une préparation magistrale, quel que soit son tarif de réalisation ».
Manque de réactivité
Lors de son Live, Philippe Besset a également regretté que l’autorisation de remplacement de l’ANSM soit intervenue si tardivement, maintenant que « des boîtes de propanolol recommencent à arriver dans certaines pharmacies ». Pour la FSPF, ce délai s’explique par « un défaut d’anticipation dans la prise en compte des indicateurs de tensions d’approvisionnement des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) ». Une situation « d’autant plus regrettable que les pharmacies préparatoires étaient en mesure de réaliser des préparations magistrales à base de propranolol dès le début des tensions d’approvisionnement ». Philippe Besset a toutefois salué le fait que « le prix a été donné rapidement » une fois la recommandation de remplacement de l’ANSM publiée, signe malgré tout, selon lui, d’un meilleur travail conjoint sur les délais d’autorisation des préparations magistrales.
