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Les maux du foot
Alors que la Coupe du monde bat son plein en Amérique du Nord, les scientifiques continuent de mettre en évidence certains effets sanitaires négatifs et peu connus de la pratique assidue du football.

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C’est du propre ?
Sport le plus pratiqué au monde avec près de 300 millions de joueuses et joueurs détenteurs d’une licence fédérale, le football échappe étonnamment aux scandales de dopage qui ont éclaboussé des disciplines comme le cyclisme ou l’athlétisme. Hormis l’exclusion fracassante de l’idole Diego Maradona de la Coupe du monde 1994 pour un test positif à l’éphédrine et une affaire isolée ici ou là, aucun système organisé n’a pu être formellement identifié. Et pourtant… Des années 1950 à nos jours, les témoignages d’anciens footballeurs professionnels mettant au jour un dopage systématique dans les équipes dans lesquelles ils évoluaient ne manquent pas. Amphétamines dans le café du matin ou en injections, stéroïdes anabolisants ou encore EPO sont bien souvent présentés aux joueurs comme un « cocktail de vitamines » aux effets diablement efficaces : les « repentis » parlent tous d’un sursaut soudain d’énergie, voire d’euphorie, de la disparition de la sensation de fatigue, de l’abaissement du seuil de la douleur, d’un regain d’agressivité et de confiance en soi… Pour autant, le ballon rond passe encore et toujours entre les mailles du filet malgré certaines évidences, comme cette étude de 1998 incluant 24 000 anciens professionnels italiens et révélant qu’ils sont deux à dix fois plus fréquemment touchés que le reste de la population par le cancer du côlon, du foie, de la thyroïde, par la leucémie ou encore la sclérose en plaques. Les mauvais esprits en concluront que la masse financière en jeu dans le sport roi est surtout vecteur de cécité.
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Quand l’armure se fissure
Il est peu de dire que les états d’âme des « milliardaires en short » n’émeuvent que très peu l’opinion publique. Mais si un salaire mirobolant permet évidemment de s’affranchir de l’angoisse des fins de mois (voire de siècle pour certains !), les footballeurs ne sont pour autant pas immunisés contre les atteintes à leur santé mentale, comme le révèle un rapport de 2024 commandé par le syndicat international des joueurs, la FIFPro, qui compile les données de 35 études. Résultat, près de 35 % des joueurs de football en activité présenteraient des signes de dépression. Des carrières entamées de plus en plus jeune, le rythme sans cesse croissant des matchs et leur multiplication sur une saison, ainsi que la pression constante du résultat qui s’exerce sur ces athlètes sont bien évidemment pointés. Mais un autre facteur moins connu vient potentialiser le risque : la honte. Dans un milieu soumis à forte concurrence où la performance répétée est la clé pour accéder au très haut niveau, envisager une quelconque détresse psychologique n’est pas acceptable. Et quand elle se fait sentir, en parler est souvent synonyme de mise à l’écart. Mais ce cercle vicieux, qui accentue le phénomène de déni généralisé, est aujourd’hui combattu. De plus en plus de grands clubs accueillent désormais au sein de leur cellule « performance » des psychologues ou proposent à leurs joueurs des consultations externes en totale confidentialité.
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À cœur perdu
Le 26 juin 2003, Marc-Vivien Foé s’écroule à la 72e minute de la première demi-finale de la Coupe des confédérations sur le terrain du stade de Gerland à Lyon. Le milieu de terrain star de l’équipe du Cameroun git plusieurs minutes sur la pelouse sans intervention médicale et sera finalement déclaré mort un quart d’heure plus tard. L’autopsie déterminera une crise cardiaque consécutive à une malformation congénitale. S’il est établi depuis longtemps que l’arrêt cardio-respiratoire soudain est la première cause de décès sur un terrain de football, aucun protocole spécifique (une personne formée au massage cardiaque et la présence d’un défibrillateur) n’avait été mis en place dans le milieu professionnel jusqu’à ce funeste jour de 2003. Depuis, la Fédération internationale de football (Fifa) a diligenté une étude prospective et observationnelle pour déterminer les causes sous-jacentes de la mort subite chez les joueurs de football du monde entier. Celle-ci a ainsi permis de découvrir qu’entre 2014 et 2018, sur les 617 victimes de mort subite enregistrées dans 67 pays, seules 23 % ont survécu. Les autopsies ou les rapports médicaux ont établi que la principale cause de décès sur un terrain chez les joueurs de plus de 35 ans était la maladie coronarienne, alors que chez ceux de moins de 35 ans l’étiologie variait entre la cardiomyopathie, l’anomalie coronarienne ou encore la mort soudaine et inexpliquée. L’étude, parue en janvier 2022 dans le British Journal of Sports Medicine, montre surtout que la réanimation cardiopulmonaire a permis un taux de survie de 85 % avec l’utilisation d’un défibrillateur externe automatisé (DEA) contre 35 % sans.
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Gazon maudit
Les footballeurs professionnels sont-ils plus à risque de développer une sclérose latérale amyotrophique (SLA) que tout un chacun ? Une étude de l’Institut Mario Negri pour la recherche en pharmacologie de Milan (Italie) a peut-être ouvert une piste permettant de répondre à cette question par l’affirmative. Ses résultats, publiés en avril 2020 dans la revue Amyotrophic Lateral Sclerosis and Frontotemporal Degeneration, se sont appuyés sur une base de données originale : les archives du célèbre éditeur italien d’autocollants à collectionner, Panini. Après avoir répertorié tous les footballeurs apparaissant dans les albums du championnat d’Italie sortis entre 1959 et 2000, l’équipe de chercheurs a procédé à une enquête minutieuse et identifié 33 joueurs ayant développé une SLA, soit une incidence de 3,2 pour 100 000 personnes, près du double de celle retrouvée en population générale. Par ailleurs, l’âge d’apparition des premiers symptômes de cette maladie neurodégénérative était en moyenne de 43 ans chez ces sportifs, contre 63 ans dans le reste de la population. Les conjectures quant aux raisons probables de cette statistique funeste vont des événements traumatiques répétés à l’exercice physique intense, en passant par la consommation de certaines substances dopantes. Mais une autre hypothèse a émergé parmi la communauté de scientifiques s’étant penchés sur cette étude : le traitement des pelouses des terrains par des herbicides, également incriminés dans l’incidence élevé de SLA parmi les agriculteurs.
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Coups de tête
S’il est un geste technique au football dont la nocivité potentielle a déjà fait l’objet de nombreuses études, c’est bien celui qui consiste à percuter le ballon de la tête ou, ce que l’on appelle tout bêtement « faire une tête ». Les dernières données en date sont le fruit du travail de chercheurs néerlandais qui ont publié leurs conclusions dans Jama, en mai 2026. Elles exposent que les têtes enregistrées chez 300 footballeurs semi-professionnels étaient directement associées à des augmentations quasi instantanées de biomarqueurs sanguins de lésions neurologiques. Une relation dose-réponse a également été mise en évidence : plus le joueur effectue de têtes et plus elles sont puissantes, plus l’effet mesuré dans le sang est important. Un pavé de plus dans le rectangle vert des footballeurs qui a poussé, en 2025, les autorités internationales de ce sport à émettre des recommandations interdisant les têtes durant les entraînements ainsi que les matchs des enfants de moins de 10 ans, et limitant le recours à ce geste entre 10 et 17 ans. Dans un souci de prévention, une équipe de chercheurs français a montré, lors du 51e Congrès de la Fédération française de football qui s’est déroulé en avril 2026, qu’une protection bi-maxillaire sur mesure (un protège-dents) pouvait protéger le cerveau lors des têtes. Son action biomécanique par contraction puissante des muscles masticateurs entraînerait en effet une diminution significative de l’accélération linéaire maximale moyenne de la tête et, corolairement, des microlésions cérébrales.