Extension des missions du pharmacien, focus vaccination (du voyageur, grippe, rappels…), simplification des parcours des patients, lutte contre la fraude, interprofessionnalité, baisses de prix, dépistage de l’hypertension artérielle (et ses polémiques corporatistes), déprescription, ordonnance numérique, indus, tiers payant contre carte Vitale… La liste n’est pas exhaustive. C’est en tout cas une discussion à bâtons rompus entre le directeur général de l’Assurance maladie, Thomas Fatôme, et le nouveau président de la FSPF, Fabrice Camaioni, à laquelle ont pu assister les nombreux confrères présents au CNDP 2026.
Trois blocs de missions
Cependant, le débat n’a eu de cesse de revenir sur les négociations qui viennent de débuter et sur leur calendrier permettant de « mener de front deux chantiers conventionnels », a salué Fabrice Camaioni. Car il n’est plus temps de tergiverser alors que le réseau « perd 250 à 280 pharmacies chaque année », et que d’autres peinent à survivre. Le premier chantier doit aboutir à un avenant n° 3 avant la fin de l’année. Il concerne la généralisation du dispositif Osys, l’instauration d’entretiens pharmaceutiques dans le diabète de type 2, le dépistage et le suivi de l’hypertension artérielle. De « nouvelles » missions qui rejoignent nombre d’actes officinaux désormais rémunérés et que Thomas Fatôme classe en trois grands blocs : la délivrance sécurisée du médicament (pertinence, bon usage, déprescription, lutte contre les fraudes), la santé publique (vaccination, dépistage, entretiens) et l’exercice coordonné.
Une réforme complexe
Le second chantier, la réforme du mode de rémunération, demandera davantage de temps. L’urgence de la situation n’a pas, pour autant, échappé à l’Assurance maladie, qui tient néanmoins à rappeler le chemin parcouru ces quinze dernières années en matière de désensibilisation aux prix des médicaments. Quoi qu’il en soit, la réforme s’annonce techniquement complexe et difficile à financer.
« Le réseau doit
être consolidé. »Thomas Fatôme, directeur général
de l’Assurance maladie
Dans son rapport Charges et Produits 2027, l’Assurance maladie reprend l’analyse de la mission Igas-IGF sur la chaîne de distribution du médicament quant à la captation de valeur par les groupements, tandis que « la rentabilité opérationnelle des officines recule de près de 20 % ». Une manne pour rémunérer le réseau ? « C’est vrai que cela interroge tant l’Assurance maladie que la Direction de la Sécurité sociale et le ministère de la Santé », répond Thomas Fatôme, ce qui justifie de se pencher sur l’ensemble de la chaîne de valeur au moment de réformer le modèle économique de l’officine. « Parce que, ajoute-t-il, le réseau doit être consolidé pour continuer à être efficace et maillé sur le territoire, il faut donc que nous soyons sûrs que la valeur aille là où c’est pertinent pour garantir l’accès aux soins. »
Améliorer la rémunération
Par ailleurs, l’idée de la Cnam de centrer la rémunération sur l’honoraire à l’ordonnance est bien accueillie par Fabrice Camaioni. « C’est le véhicule de notre acte intellectuel et ce dernier doit être valorisé. » De son côté, la FSPF a travaillé sur diverses perspectives d’évolution de la rémunération, intégrant par exemple de nouveaux honoraires ou prévoyant une indexation sur certains critères. « Notre objectif : améliorer la rémunération du réseau sur le temps long, sans créer de fractures entre les différentes typologies d’officines et intégrant pleinement les pharmacies essentielles, celles qui sont la dernière porte d’entrée du système de santé dans leur territoire. » Fabrice Camaioni appelle, en outre, l’Assurance maladie à tenir compte de l’augmentation des charges de la pharmacie « de 66 % en dix ans, soit 6,6 points par an, ce qui est largement au-dessus de l’inflation », et de la présence d’une équipe diplômée et compétente au sein de l’officine, qu’il s’agit de rémunérer convenablement. La Cnam a assuré que « les équilibres économiques de la profession » sont bien pris en considération.
