N°1376
Janvier 2026

Ces animaux qui nous soignent

Le monde animal est une source inépuisable d’inspiration pour la recherche médicale. Tour d’horizon de ces bestioles aux potentiels pharmaceutiques insoupçonnés.

© adobestock_ SBgraphic
par Hélène Bry
Le 04 décembre 2025
  • 🇮🇸 Islande

    Peau de morue pour pied diabétique

    Les ulcères du pied diabétique (UPD) profonds sont très difficiles à traiter. Pour leur faire la peau, la morue sauvage de l’Atlantique Nord (Gadus morhua) pourrait s’avérer une puissante alliée. C’est ce que suggère une étude randomisée européenne dont les résultats du sous-groupe français sont parus dans Diabetes & Metabolism en novembre 2025. Intitulée Kerefish, elle évalue l’efficacité de la greffe de peau de poisson intacte par rapport aux soins standards locaux sur la cicatrisation des ulcères profonds après débridement chirurgical. Le produit utilisé est un dispositif médical (marquage CE) issu de la morue de l’Atlantique, appelé Kerecis Omega3 Wound, et développé en Islande. Il se présente sous la forme d’une feuille stérile, inaltérée, décellularisée et lyophilisée. Dans le bras français, incluant 179 patients souffrant d’UPD de grades 2 et 3 (selon la classification de l’Université du Texas qui en compte 4), la cicatrisation totale à 16 semaines atteignait 41,6 % dans le groupe bénéficiant d’une greffe de peau de morue, contre 22,2 % dans le groupe recevant les soins standards. Et le taux de patients présentant une épithélialisation complète à la semaine 20 était 2,11 fois plus élevé avec la peau de poisson. Le secret de la morue sauvage de l’Atlantique Nord ? Elle fournit un tissu qui favorise la formation d’un néoderme bien vascularisé. Ce sont les chercheurs islandais, cosignataires de l’article, qui ont fait passer cette surprenante technique à un stade pratique. Parmi les nombreux avantages de la peau de morue, elle n’expose pas au risque de transmission virale et ne nécessite donc qu’un traitement minimal avant application, préservant sa qualité et sa richesse chimique notamment en acides gras oméga-3 bénéfiques à la cicatrisation.

  • 🇫🇷 France

    Des chiens qui flairent l’épilepsie

    Un chien qui empêche son maître épileptique de monter l’escalier, se couche près de lui pour l’apaiser et lui apporte ses médicaments. Ce type de comportement, rapporté par des membres de l’association Handi’chiens et suggérant que le meilleur ami de l’homme peut « sentir » une crise d’épilepsie arriver chez son adoptant, a intrigué l’éthologue Marine Grandgeorge, maître de conférences à l’université de Rennes I, ainsi que sa doctorante au laboratoire Ethos à Paimpol (Bretagne), la biologiste Amélie Catala. Partant du principe que « les anecdotes de terrain ont toujours un fondement scientifique », la jeune femme a décidé d’en faire le sujet de sa thèse. Pour ce faire, elle a d’abord collecté les odeurs de personnes épileptiques qui ont accepté de se frotter les mains, le front et la nuque avec un coton stérile à différents moments (temps calme, activité sportive, en crise). Amélie Catala a ensuite fait appel à l’association Medical Mutts, qui forme à Indianapolis des chiens d’assistance médicale et s’est chargée de mener les tests sur cinq d’entre eux, spécialement entraînés. À chaque essai, les canidés étaient confrontés à 7 réceptacles identiques dans lesquels se trouvait un coton imprégné de l’odeur d’une même personne prélevée à différents moments. Résultats : dès le premier essai, tous les chiens ont « marqué » et exploré longuement le réceptacle lié à une crise d’épilepsie. Pour la biologiste, dont l’étude a été publiée le 28 mars 2019 dans Scientific Reports, « ceci constitue une première preuve que, malgré la variété des crises et des odeurs individuelles, les crises sont associées à des caractéristiques olfactives ». Une assertion que ne renie pas le Suisse Jan Novy, épileptologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), qui croit fort dans les chiens d’alerte formés par l’association Medical Flair. Selon lui, la faculté des chiens à flairer les crises joue aussi en faveur du bien-être des patients. « Il y a même une légère diminution de la fréquence des crises, peut-être en raison de la baisse de stress induite par la présence de l’animal », a-t-il déclaré le 28 avril 2025 dans L’uniscope, le magazine du campus de Lausanne (UNIL).

  • 🇫🇷 France

    Des molécules d’ours contre l’atrophie musculaire

    Ils hibernent pendant 5 à 7 mois dans leur tanière, sans bouger d’un pouce ni perdre un poil de muscle ou presque. Mais s’ils sont réveillés brusquement, les ours bruns sont immédiatement capables de piquer un sprint ! Fabrice Bertile, chercheur CNRS à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien à Strasbourg (IPHC), étudie les capacités musculaires hors normes de l’ours depuis plus de 15 ans. Pour ce faire, il se rend régulièrement en Suède pour effectuer des prélèvements sur ces grosses bêtes et coordonne depuis septembre 2022 le projet B-Strong, qui s’appuie sur l’expertise complémentaire de l’IPHC et de l’Unité de nutrition humaine à Clermont-Ferrand (UNH, Inrae) dont fait notamment partie Étienne Lefai, fasciné lui aussi par les capacités exceptionnelles du plantigrade. Financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), B-Strong vise à fournir, à travers une approche bio-inspirée, de nouvelles armes dans la lutte contre l’atrophie musculaire humaine. Car les deux biologistes ont justement découvert il y a plusieurs années que le sérum de l’ours brun prélevé pendant l’hibernation contient des molécules aptes à combattre cette amyotrophie. Ce qui n’est en revanche pas le cas du sérum prélevé chez le même ours pendant l’été ! Le projet de recherche se concentre donc sur les composés sériques de l’ours hibernant pour leur effet protecteur sur sa masse musculaire, avec l’idée d’en utiliser les superpouvoirs, à terme, tant sur des personnes âgées et alitées que sur les astronautes !

  • 🇫🇷 France

    Des anticorps de lama contre la schizophrénie

    Des chercheurs français ont dévoilé dans Nature le 23 juillet 2025 une nouvelle piste de recherche contre la schizophrénie : des mini-anticorps de lama capables de cibler un récepteur clé du cerveau impliqué dans cette pathologie complexe. Celle-ci comprend 3 types de symptômes : les hallucinations et délires, le retrait social et émotionnel, et les troubles cognitifs (mémoire, concentration, organisation) souvent négligés et très handicapants. Les antipsychotiques de deuxième génération, le traitement de référence, agissent sur les deux premières familles de symptômes, mais pas sur la cognition. Dans ce contexte, l’immunothérapie apparaît prometteuse car très ciblée. Malheureusement, ces protéines produites par le système immunitaire se heurtent au rempart naturel protégeant le cerveau : la barrière hémato-encéphalique. Or, des scientifiques de l’Institut de génomique fonctionnelle (CNRS/Inserm/Université de Montpellier) sont parvenus à produire des « nanocorps » à partir d’anticorps de lama, capables d’atteindre le cerveau et d’activer un récepteur au glutamate (mGlu2) impliqué dans la régulation de l’activité des neurones. Leur effet thérapeutique a été évalué en préclinique chez deux modèles murins. Résultat : l’administration du nanocorps a permis d’améliorer nettement les fonctions cognitives dès la première injection, avec un effet prolongé au-delà d’une semaine. La mise en place d’un protocole de traitement de quatre semaines avec des doses diminuées a confirmé la persistance des bénéfices dans le temps. Des études cliniques sont maintenant nécessaires pour, peut-être, ouvrir la voie à une nouvelle génération de traitements.

     

  • 🇯🇵 Japon

    Les leçons d’automédication des chimpanzés

    Depuis une cinquantaine d’années, l’automédication animale passionne. Elle a inspiré la zoopharmacognosie : l’étude des comportements d’automédication des animaux par l’ingestion de substances naturelles. Les chimpanzés ont ouvert la marche grâce aux observations des primatologues tels que Michael Huffman de l’Université de Kyoto (Japon), dans le parc de Mahale en Tanzanie. À la fin des années 1980, il démontre que les chimpanzés atteints de troubles gastro-intestinaux se purgent en suçant le cœur des tiges de Vernonia amygdalina, contenant des sesquiterpènes actifs contre les parasites. Il a fait des émules, notamment en France avec la vétérinaire et primatologue Sabrina Krief. Professeure au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), elle a passé des années à pister les chimpanzés malades dans le parc ougandais de Kibale, collectant leurs fèces et leur urine, ainsi que les parties des plantes qu’ils ont ingérées (tige, feuille, fruit, écorce, racine) pour les comparer à leur régime habituel. Elle a, par exemple, découvert qu’une dizaine de plantes consommées par les chimpanzés limitent la prolifération du Plasmodium, le parasite causant le paludisme. Sabrina Krief relève en particulier la consommation, uniquement par des chimpanzés ayant des troubles digestifs causés par des parasites, de l’écorce d’Albizia grandibracteata, « arrachée au prix de gros efforts pour être ensuite mâchée ». Or, l’analyse coproscopique réalisée deux jours plus tard montre que les nombreux parasites ont disparu. Plus étonnant encore, l’ingestion de feuilles amères de jeunes arbres de Trichilia rubescens – aux propriétés antipaludéennes – suivie par celle de « terre rouge qu’ils se procurent entre les racines d’arbres tombés » et qui, après analyse, se révèle majoritairement constituée de kaolinite, une substance utilisée en médecine humaine comme pansement digestif. Les analyses menées par la primatologue ont révélé que la digestion séparée des feuilles et de la terre induisait peu d’effet antipaludique, alors qu’une fois mélangées, celui-ci était « significativement augmenté ».

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