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Ces épidémies qui menacent le monde
Après avoir analysé les six urgences internationales de santé publique qui ont ébranlé la planète ces dix dernières années et les réponses apportées, le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB), un comité d’experts indépendants créé par l’OMS et la Banque mondiale, alerte : le monde n’a jamais été aussi vulnérable face aux pandémies.

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Une grippette ?
La grippe espagnole de 1918-1920, dont le bilan est estimé à 50 millions de décès, reste aujourd’hui encore le scénario pandémique le plus craint. Dans une étude publiée en octobre 2018 dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology et intitulée « Retour vers le futur : les leçons de la pandémie grippale de 1918 », les auteurs s’inquiètent de « la spectaculaire augmentation, au cours de la dernière décennie, du nombre de souches virales à grippe sévère issues de réservoirs animaux ». D’autant que les progrès scientifiques – antibiotiques, vaccins, traitements, hygiène… – sont contrebalancés par de nouveaux défis tels que l’antibiorésistance, le vieillissement, l’importance des maladies chroniques, l’explosion démographique, le changement climatique et l’urbanisation croissante qui affecte les récoltes, la migration des oiseaux et tout l’écosystème, la mondialisation des échanges et le déplacement des populations… À cette époque, les experts de l’OMS craignent tous la prochaine pandémie : « On sait que ça va arriver mais on n’a aucune possibilité de l’empêcher. » Un virus grippal reste le scénario le plus redouté, en raison de sa facilité de transmission par voies respiratoires, de sa contagion pouvant débuter avant les premiers symptômes, des multiples formes qu’il peut prendre et de sa capacité à muter. Contre toute attente, c’est un coronavirus qui confine le monde entier en 2020 et qui, à date, a causé plus de 8 millions de décès. Les scientifiques se veulent néanmoins rassurants. Ni la Covid-19, ni aucun autre virus ne décimera l’humanité : « Ce n’est pas dans leur intérêt, leur but est de s’installer et de prospérer, comme toute forme de vie. Or, sans hôte, ils disparaissent », rappelle le virologue de l’Institut Pasteur, Frédéric Tanguy.
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Ebola revient encore
« Une décennie après qu’Ebola a révélé de dangereuses lacunes dans la préparation aux épidémies – et six ans après que la Covid-19 a transformé ces lacunes en catastrophe mondiale – le constat est sans appel : le monde n’est pas plus à l’abri des pandémies », s’alarme le Global Preparedness Monitoring Board (GPMB) dans son rapport publié le 18 mai dernier. Un constat d’autant plus inquiétant qu’il intervient au moment où l’épidémie actuelle d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda a été déclarée urgence de santé publique de portée internationale (USPPI). Causée cette fois par le virus Bundibugyo (et non le virus Ebola ou le virus Soudan), il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola en RDC depuis 1976. Après deux flambées en 2013-2016 et 2018-2019, l’OMS a émis des lignes directrices pour le traitement des personnes infectées et des médicaments et vaccins ont vu le jour, mais ils sont dirigés uniquement vers la maladie causée par le virus du même nom. Ce filovirus (comme la fièvre de Marburg), très contagieux par contact avec des liquides corporels, présente une létalité comprise entre 25 et 90 %. Pour l’heure, les autorités sanitaires préviennent que dix pays africains risquent d’être touchés alors que l’épidémie s’étend. Au 23 mai, 204 morts sur 867 cas suspects ont été répertoriés en RDC, 1 décès sur 5 cas en Ouganda. L’OMS déploie des équipes et du matériel dans la province d’Ituri, épicentre de la maladie, mais rapporte de nombreuses difficultés sur place : le territoire est mal desservi et en proie à un conflit interethnique sanglant au sein d’une population estimée à 8 millions d’individus, dont 1 million de déplacés vivant dans des camps. De surcroît, cette épidémie survient au moment où les ONG sont confrontées à une réduction des aides internationales, en particulier des États-Unis qui ont annoncé leur retrait de l’OMS en janvier 2026.
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Serial killer
En 2016, alors qu’Ebola fait encore trembler l’Afrique, l’épidémie de Zika explose en Amérique du Sud, l’année même des Jeux olympiques de Rio, et fait l’objet d’une déclaration d’urgence de santé publique de portée internationale (UPSSI) par l’OMS. Car si l’infection est généralement bénigne et asymptomatique dans 70 à 80 % des cas, elle est aussi à l’origine de microcéphalies et d’autres atteintes du système nerveux central chez des bébés à naître. Le coupable ? Le moustique-tigre ou Aedes albopictus, l’espèce la plus invasive au monde, également vecteur de la dengue et du chikungunya. Si Zika n’a pas atteint la France métropolitaine, hormis quelques cas importés, le moustique-tigre s’y est progressivement installé depuis 2004 où il a colonisé 81 départements. Il cohabite avec Culex pipiens, le moustique commun, responsable notamment de l’infection provoquée par le virus du Nil occidental. Si l’anophèle est, dans une moindre mesure, aussi présent en France, il n’y a plus de transmission locale de paludisme (excepté à Mayotte et en Guyane). Quoi qu’il en soit, les arboviroses n’en sont plus au stade de la menace. Selon Anna-Bella Failloux, directrice de l’Unité arbovirus et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur à Paris, le moustique, présent depuis 245 millions d’années sur la Terre, tue environ 1 million de personnes chaque année et toutes les familles à compétence vectorielle ont élargi leurs aires géographiques et leur période d’activité du fait du réchauffement climatique. Comme chaque année, la France métropolitaine est entrée, au 1er mai, en période de surveillance renforcée de ces zoonoses, et ce, jusqu’au 30 novembre prochain. L’an dernier, ce sont ainsi 809 cas autochtones et 2 398 cas importés de chikungunya (un record), 30 cas autochtones et 2 389 cas importés de dengue et 18 cas de Zika importés qui ont été répertoriés.
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Mpox, la variole qui ne venait pas du singe
La variole du singe ou monkeypox, désormais désignée par mpox, figure au panthéon des pathologies mal nommées. Elle tient son nom de sa découverte en 1958, à Copenhague, chez des macaques destinés à la recherche. Mais le singe n’est pas son réservoir animal, les scientifiques se tournant plutôt vers des écureuils ou des rats des forêts pluviales d’Afrique centrale et de l’Ouest. Le premier cas humain est décrit en 1970 en République démocratique du Congo. Mais ce n’est que dans les années 2000 que la maladie se fait connaître en sortant du continent africain. « La première émergence en 2003 aux États-Unis est liée à l’importation de rats géants du Ghana vers le Texas, qui ont transmis le virus à des chiens de prairie présents dans les mêmes animaleries exotiques, qui l’ont à leur tour transmis à des enfants et de jeunes adultes lors de griffures ou de morsures », raconte Antoine Gessain, directeur de l’unité d’épidémiologie et physiopathologie des virus oncogènes à l’Institut Pasteur. Puis en 2022, une série de cas est détectée en Angleterre, en Espagne et au Portugal. La particularité de cette épidémie « out of Africa » est liée à son mode de transmission par contacts sexuels. Depuis 2023, la fréquence croissante des épidémies de mpox en Afrique, accompagnée d’un élargissement de la zone de propagation dans des pays qui n’avaient jamais documenté la maladie (Burundi, Kenya, Ouganda) a conduit l’OMS à déclarer, pour la 2e fois, l’urgence de santé publique de portée internationale (UPSSI) le 14 août 2024. En 2025, la France a répertorié 174 cas sur son territoire, tous contractés lors d’un voyage ou d’un contact avec une personne ayant séjourné dans l’un des pays africains où l’épidémie est présente. La bonne nouvelle ? L’existence de deux vaccins antivarioliques efficaces, Imvanex et Jynneos, qui peuvent être utilisés aussi bien en prévention qu’après exposition.
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En croisière
Le 2 mai 2026, l’OMS notifie des infections respiratoires graves à bord du bateau de croisière néerlandais MV Hondius, qui a levé l’ancre un mois plus tôt à Ushuaia en direction de l’Antarctique. À bord, 147 passagers et membres d’équipage, une vingtaine de nationalités, et déjà deux décès et un malade sévère. Le 10 mai, le navire fait escale aux îles Canaries où les passagers sont débarqués et rapatriés vers leur pays de résidence, tandis que l’équipage reprend la mer vers les Pays-Bas, accompagné de deux professionnels de santé. Rapidement, le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (souche Andes) est identifié. Originaire d’Amérique du Sud, il se distingue des autres hantavirus par sa capacité de transmission interhumaine lors de contacts étroits et prolongés, et non pas uniquement par exposition à l’urine, la salive ou les excréments de rongeurs infectés. Son incubation peut aller jusqu’à six semaines, puis l’infection commence par un syndrome pseudo grippal (fièvre, courbatures, fatigue), souvent accompagné de douleurs abdominales, puis de toux et de dyspnée. Les formes graves peuvent évoluer vers une atteinte rénale ou une détresse respiratoire sévère. Le dernier bilan de l’OMS fait état de 11 cas détectés dont 3 décès et 3 personnes en soins intensifs. Parmi les cinq passagers français, une femme a été testée positive le 11 mai et se trouve en réanimation dans un état grave. Les 22 ressortissants français considérés comme cas contacts ont tous été testés négatifs. « Par mesure de précaution face à une maladie dont la létalité est évaluée entre 30 et 40 % et à la durée d’incubation longue, [ils] sont tous placés en isolement hospitalier. [Ils] continueront à être suivis médicalement et à être testés trois fois par semaine », a précisé la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, le 15 mai dernier. Si le scénario du pire semble s’éloigner, les souvenirs de la gestion de la Covid-19 à son apparition ont mis OMS et gouvernements en ordre de bataille.