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Les prestigieux prix décernés à Stockholm ne doivent pas faire oublier ceux, loufoques mais néanmoins instructifs, remis à Harvard. Voici les Ig Nobel fournée 2025 !

🇬🇧 Royaume-Uni
Ich liebe Gouda
La méthode Assimil bientôt concurrencée par la bière ? Des chercheurs des universités de Liverpool, de Maastricht ainsi que du King’s College de Londres ont reçu le prix Ig Nobel de la paix pour avoir montré que la capacité à parler une langue étrangère s’améliore après avoir consommé une faible dose d’alcool. Les auteurs de ces travaux, parus en janvier 2018 dans le Journal of Psychopharmacology, ont indiqué que « comme beaucoup de grandes idées scientifiques, celle-ci [était] née un soir dans un bar, en marge d’une conférence internationale », quand il leur avait semblé que « les Allemands légèrement ivres prononçaient mieux le néerlandais que leurs compatriotes sobres ». Cinquante volontaires allemands ayant récemment appris le néerlandais ont été randomisés pour recevoir, soit une faible dose d’alcool (l’équivalent d’un peu moins d’une pinte de bière à 5 % pour un homme de 70 kg), soit une boisson sans alcool. Leurs compétences ont ensuite été évaluées par deux néerlandophones natifs. L’étude a montré que « les participants ayant consommé de l’alcool ont obtenu des évaluations significativement meilleures de leurs compétences en néerlandais, notamment en prononciation, que ceux n’ayant pas consommé ». L’un des auteurs avait tenu à souligner à l’époque qu’« une consommation d’alcool plus élevée pourrait ne pas avoir d’effets bénéfiques sur la prononciation d’une langue étrangère », quand un autre appelait à explorer les causes du phénomène, tout en émettant une hypothèse : « Un mécanisme possible pourrait être l’effet réducteur d’anxiété de l’alcool. »
🇺🇸 États-Unis
Aïoli baby
Julie Mennella et Gary Beauchamp, du Monell Chemical Senses Center de Philadelphie, n’ont pas boudé leur plaisir en venant chercher l’Ig Nobel de pédiatrie 2025. Il leur a été remis pour une étude parue en 1991 dans Pediatrics, qui révélait que, lorsque les mères allaitantes consomment de l’ail, leur lait prend cet arôme. Et que, contrairement aux idées reçues en ce temps-là, les bébés en raffolent. Les données indiquaient également que ces derniers tétaient plus longtemps et en plus grande quantité quand le lait avait ce goût. « Nous avions choisi [ce marqueur] pour ces premières expériences car des recherches avaient démontré que les vaches laitières se nourrissant d’ail sauvage produisaient un lait qui conservait l’arôme », a précisé Julie Mennella dans un article récent célébrant l’obtention du prix parodique sur le site du Monell Center. « Pourtant, à l’époque, on croyait généralement que le lait maternel devait être fade, et [la coutume voulait qu’on conseille] aux mères d’éviter l’ail pendant l’allaitement, de peur que leur bébé n’en veuille pas. » Par la suite, d’autres équipes ont établi que manger de l’ail durant la grossesse modifiait l’arôme du liquide amniotique et qu’une grande variété de saveurs se transmettaient via ces tout premiers aliments. L’étude récompensée, alors considérée comme iconoclaste, a donc jeté les bases scientifiques de décennies de travaux cherchant à élucider la manière dont les expériences gustatives précoces façonnent les préférences alimentaires.
🇯🇵 Japon
Des zèbres à cornes
Les rayures du zèbre ont longtemps fait l’objet de spéculations sur les avantages qu’il en tirait. L’hypothèse aujourd’hui admise est que les bandes noires et blanches de l’équidé le protègent des assauts d’insectes et de parasites. Des études ont ainsi montré qu’elles créent une illusion d’optique chez les taons et les mouches tsé-tsé. Or, s’il est des animaux sans arrêt embêtés par les mouches, ce sont bien les vaches. Et lorsqu’elles sont ainsi harcelées, elles se déplacent et broutent moins. Elles ont également tendance à se regrouper, « ce qui génère un stress dû à la chaleur et accroît le risque de blessure car les animaux se bousculent pour trouver une meilleure position afin d’éviter les piqûres ». C’est ce qu’expliquaient, lorsque fut publiée leur étude dans Plos One le 3 octobre 2019, les chercheurs japonais à l’origine d’une drôle d’expérience couronnée par l’Ig Nobel de biologie 2025. Ils ont ainsi été primés pour avoir expérimentalement vérifié que peindre des rayures noires et blanches sur des vaches réduit de moitié le nombre de piqûres… et pour avoir proposé cette méthode comme une alternative aux pesticides, « améliorant ainsi le bien-être animal et la santé humaine, tout en contribuant à résoudre le problème de la résistance aux pesticides dans l’environnement ». Trois groupes de vaches noires ont été comparés : un groupe témoin (sans peinture), un groupe avec des stries noires et un groupe peint en noir et blanc. L’étude a non seulement révélé que les vaches zébrées étaient moitié moins piquées, mais aussi que leurs comportements destinés à éloigner les insectes piqueurs (secouement de tête, coups de queue) étaient 20 % moins fréquents.
🇺🇸 États-Unis
Jusqu’au bout des ongles
On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même,et le Dr William Bean l’a illustré avec une perspicacité qui force le respect. Pendant plus de 35 ans, ce médecin américain a scrupuleusement étudié la vitesse de pousse des ongles en scrutant les siens. La publication d’au moins six articles à ce sujet entre 1953 et 1980, dans des revues prestigieuses comme le Journal of Investigative Dermatology, lui a valu de recevoir, à titre posthume, l’Ig Nobel de littérature. Il a opiniâtrement prouvé que la pousse des phanères ralentit avec l’âge, puisque ses propres ongles avaient une vitesse de croissance de 0,123 millimètre par jour lorsqu’il avait 32 ans, mais de seulement 0,095 mm à 67 ans. C’est son fils, Bennett Bean, qui est venu au pupitre chercher le prix à la place du défunt chercheur. Ce dernier a témoigné du fait que son pittoresque paternel « faisait une petite marque » sur ses ongles, avec une lame de rasoir par exemple, « puis les observait pendant qu’ils poussaient ». Un passe-temps pour le moins contemplatif !
🇨🇴 Colombie
Chauves-souris imbibées
L’effet de l’alcool sur la capacité des chauves-souris à voler et à s’écholocaliser est le sujet de niche pour lequel ont été récompensés des chercheurs de l’Université Ben-Gourion du Néguev en Israël, de l’Institut zoologique de l’Université de Tübingen en Allemagne, et de la Faculté des sciences environnementales de Bogotá en Colombie. Dans un article paru dans Behavioural Processes en juin 2010 – qui a attrapé au vol le Prix de l’aviation des Ig Nobel 2025 –, ils expliquent avoir fait évoluer des roussettes d’Égypte dans un couloir et mesuré qu’elles se déplaçaient significativement plus lentement lorsqu’elles avaient ingéré des aliments contenant plus de 1 % d’éthanol que lorsqu’elles avaient été nourries sans alcool. Ces animaux se repèrent en produisant des claquements de langue et en émettant des sons disposés temporellement par paires. Les chercheurs ont ainsi constaté que l’alcool altérait les intervalles d’impulsion entre les paires de sons, ainsi qu’au sein d’une même paire. Mais pourquoi diantre avoir testé l’effet de l’alcool sur ces pauvres roussettes ? Précisément parce que ces chauves-souris frugivores rencontrent naturellement de l’éthanol dans la nature, lorsqu’elles consomment des fruits trop mûrs.
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