N°1378
Mars 2026

Ivre tout en étant parfaitement sobre

Un déséquilibre du microbiote intestinal peut-il nous enivrer ?

Une microbrasserie peut se créer dans l’intestin.
© adobestock_Maryna
par Benoît Thelliez
Le 20 février 2026

Si le syndrome d’autobrasserie (ABS) caractérisé par la production endogène d’éthanol est connu depuis plus d’un siècle, ses mécanismes demeuraient jusqu’à présent peu étudiés et les pistes ouvertes controversées. Bien que très rare, l’ABS entraîne pourtant des conséquences à la fois médicales et sociales sur les patients atteints, qui sont confrontés à de nombreuses erreurs de diagnostic, de la stigmatisation et, dans certains cas, des problèmes judiciaires liés à des alcootests positifs au volant.

Surproduction de bactéries

Dans une étude parue en 2019, ses auteurs avançaient la présence de champignons dans le tractus intestinal favorisant la transformation des glucides en éthanol, quand une autre publication, parue un an plus tard, attribuait l’origine de ce phénomène à des levures, sans pour autant les identifier clairement. Bernd Schnabl, gastro-entérologue américain et auteur principal de l’étude observationnelle publiée en janvier 2026 dans Nature Microbiology, ne réfute pas ces hypothèses, mais ne parvient pas aux mêmes conclusions. Son équipe a ainsi établi que c’est la production surabondante de protéobactéries, et particulièrement d4Escherichia coli et Klebsiella pneumoniae, qui était impliquée dans l’ABS des 22 patients atteints de la cohorte. Outre l’analyse de leurs selles, les scientifiques ont également procédé à des investigations génétiques de leur microbiote intestinal, révélant trois voies métaboliques différentes que les bactéries utilisaient pour transformer le sucre en alcool, jusqu’à des niveaux atteignant plus de 4 g/l.

Les antibios comme catalyseur ?

Sans pour autant pouvoir l’affirmer pour le moment, les auteurs de cette étude soupçonnent fortement la prise d’antibiotiques comme étant l’un des éléments déclencheurs de la prolifération anormale de E. coli et de K. pneumoniae et, conséquemment, de pics d’ABS chez les personnes atteintes. La même équipe a cependant pu constater qu’une transplantation fécale s’était avérée efficace pour faire disparaître ce déséquilibre, ouvrant la voie à une solution thérapeutique pour ces malades.

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