N°1378
Mars 2026

L’hibernation protège des thromboses : info ou intox ?

On sait qu’une immobilisation, après une fracture par exemple, augmente le risque de thrombose. Mais quid des ours qui hibernent ?

© Canva - Pixabay - NakNakNak
par Hélène Bry
Le 03 novembre 2023
Plu­sieurs mois sans bou­ger en at­ten­dant le prin­temps. Et pour­tant, les ours en hi­ber­na­tion ne font guère de throm­boses, alors qu’elles sur­viennent par­fois lors­qu’ils sont ac­tifs, comme l’ont ré­vélé les au­top­sies ana­ly­sées par des cher­cheurs al­le­mands dans la re­vue Science du 13 avril 2023. Tan­dis que chez d’autres es­pèces hi­ber­nantes les pla­quettes sont sé­ques­trées dans les or­ganes à l’abri du froid, elles conti­nuent de cir­cu­ler en quan­tité ré­duite (avec donc un risque po­ten­tiel de throm­bose main­tenu) chez ce plan­ti­grade. De même, la ma­chi­ne­rie thrombo-in­flam­ma­toire des ours étant com­pa­rable à celle des hu­mains, les scien­ti­fiques ont ef­fec­tué des pré­lè­ve­ments san­guins chez 13 spé­ci­mens en hi­ber­na­tion en Suède, puis chez les mêmes, bien ré­veillés, au prin­temps. Constat : la pre­mière phase de l’hé­mo­stase est mo­di­fiée du­rant l’hi­ber­na­tion. En temps nor­mal, le vais­seau lésé se contracte et les pla­quettes forment un « clou pla­quet­taire » col­ma­tant la brèche. Mais lors de l’hi­ber­na­tion, les pla­quettes, moins sen­sibles au col­la­gène ou à la throm­bine, s’agrègent moins.

En­quête mo­lé­cu­laire

Ce phé­no­mène s’ex­plique à l’échelle mo­lé­cu­laire : 151 des pro­téines ex­pri­mées par les pla­quettes des ours ne le sont pas dans la même quan­tité en hi­ver et au prin­temps. Sur­tout HSP47, pro­duite 55 fois moins en hi­ber­na­tion. En contexte phy­sio­lo­gique, elle par­ti­cipe au dé­clen­che­ment de la throm­boi-nflam­ma­tion en fa­ci­li­tant la liai­son de la throm­bine à la sur­face des pla­quettes et l’ac­ti­va­tion des neu­tro­philes. Ainsi, chez les sou­ris trans­gé­niques n’ex­pri­mant plus HSP47, la for­ma­tion de caillots est presque in­hi­bée. Les au­teurs ont mon­tré que cette pro­téine est sous-ex­pri­mée aussi par les pla­quettes des pa­tients pré­sen­tant une lé­sion mé­dul­laire. Chez eux comme chez l’ours lé­thar­gique, l’ac­ti­va­tion des neu­tro­philes par les pla­quettes est di­mi­nuée. Idem chez les pa­tients sains sou­mis à une im­mo­bi­li­sa­tion de 27 jours pour une si­mu­la­tion spa­tiale, ou chez des truies al­lai­tantes im­mo­biles 21 à 28 jours. Au ni­veau thé­ra­peu­tique, « ce mé­ca­nisme phy­sio­lo­gique de throm­bo­pro­tec­tion, qui né­ces­site un cer­tain dé­lai pour se mettre en place, pointe peut-être une nou­velle piste à ex­plo­rer », es­pèrent les au­teurs.

Partager ce contenu
À lire aussi
L’intelligence artificielle est fréquemment utilisée par le grand public pour des conseils santé. Leurre ou bonne idé...
Harassées jour et nuit, les personnes atteintes du syndrome de fatigue chronique luttent pour que leur pathologie et ...
Bienvenue sur le nouveau site du Pharmacien de France !

Vous êtes déjà abonné ?
Connectez-vous pour mettre à jour vos identifiants :

 

Vous n’êtes pas encore abonné ?
Rejoignez-nous !