N°1381
Juin 2026

« Je sais d’où je viens »

Philippe Besset - président de la FSPF

Alors qu’il quitte la FSPF avant l’échéance de son dernier mandat, son président revient sur les évolutions du métier de pharmacien auxquelles son syndicat a pris part et explicite les fonctions qui sont désormais les siennes au sein du Conseil économique, social et environnemental (Cese).

© Nicolas Kovarik
par Benoît Thelliez
Le 27 July 2026
BIOEXPRESS

Engagé depuis 40 ans dans
la défense de la pharmacie,
Philippe Besset n’ira pas
au terme de son mandat de
président de la FSPF, mais
il reste investi sur plusieurs fronts.

  •  1er octobre 2026 : président
    de Résopharma.
  • 31 août 2026 : démission
    effective de la présidence
    de la FSPF.
  • 20 mai 2026 : élection
    au Conseil économique, social
    et environnemental (Cese).
  • 26 mars 2025 : élu président
    de la FSPF pour un 3e mandat.
  • 19 mars 2025 : nommé
    vice-président délégué à la
    santé de l’Union nationale
    des professions libérales (UNAPL).
  • Depuis 2023 : président
    des Libéraux de Santé (LDS).
  • De 2016 à 2019 : président
    de Résopharma.
  • Depuis 2007 : membre
    du bureau national de la FSPF.
  • 2002 : président du syndicat
    des pharmaciens de l’Aude.
  • Depuis 1994 : titulaire
    d’une officine à Limoux (Aude).
  • 1987 : vice-président
    de l’Association nationale des
    étudiants en pharmacie
    de France (Anepf).

Pour quelles raisons n’allez-vous pas au terme de votre troisième mandat ?

Je fais partie du bureau national de la FSPF depuis 2007 et j’en suis le président depuis 2019. En présentant mon premier programme, j’avais d’ailleurs indiqué que je ne comptais inscrire mon action que sur deux mandats. Si j’ai estimé qu’il me fallait continuer en 2025, c’est en raison de la mise en place du premier avenant conventionnel qui engageait ma responsabilité. Ma feuille de route 2025-2028 associait dès le départ au projet le vice-président de la FSPF, Fabrice Camaioni, avec l’idée d’une transmission en cours de route. Je crois profondément que lorsqu’on s’occupe d’associations, de la vie publique et donc de la vie des autres, il faut toujours anticiper le moment du passage de flambeau afin de laisser la place à une nouvelle énergie qui saura innover pour servir au mieux la cause que l’on défend. Ce départ s’est fait avec l’assentiment de l’ensemble du bureau et je le conçois comme une transmission de brassard de capitaine. Je ne serai plus membre du bureau, mais je reste dans l’équipe puisque je vais prendre la présidence de Résopharma, poste que j’ai déjà occupé auparavant. Je demeure donc au service de la profession comme je l’ai toujours été.

Pour la FSPF, comment cela va-t-il s’organiser ?

Nos statuts sont très robustes et anticipent l’ensemble des situations. J’ai annoncé au conseil d’administration ma démission à échéance du 31 août à minuit, et je vais donc, durant l’été, continuer d’assumer mon rôle de président. En parallèle, Fabrice Camaioni a été désigné comme chef de délégation pour les ­discussions avec l’État concernant la négociation conventionnelle et la réforme de la rémunération. Au 1er septembre prochain, ma démission sera effective et le vice-président deviendra président par intérim, comme le prévoient nos statuts. Cet intérim ne pouvant durer qu’un mois, des élections sont nécessaires. Le mois de septembre sera donc le temps de la préparation du projet de la nouvelle équipe. Le 25 septembre, une assemblée générale élira le nouveau président, qui présentera son projet le lendemain, lors du Congrès national à Nantes.

Que retenez-vous de vos mandats présidentiels ?

Si, dans le principe syndical, il faut sans arrêt remettre l’ouvrage sur le métier, on peut néanmoins regarder comment se porte l’organisation et où en sont les missions accomplies pour la défense de la pharmacie. En ce qui concerne l’association, j’ai accompli absolument tout ce que je voulais accomplir. La FSPF est une maison dans laquelle je me sens bien depuis que je suis étudiant et je tenais à ce qu’elle soit encore plus forte sous ma garde. Nous avons nettement augmenté le nombre d’adhérents et remporté les élections aux URPS. Nous avons également fait revenir dans notre giron des syndicats départementaux qui étaient partis à l’Uspo. L’objectif de réunification m’a toujours tenu à cœur et j’espère que cette dynamique continuera. Dans le même esprit, la FSPF a fusionné avec l’Association de pharmacie rurale. Enfin, de grands travaux de rénovation de la Maison des pharmaciens ont été menés à leur terme afin que notre navire de guerre puisse nous permettre d’affronter, à l’avenir, d’éventuels vents contraires. Je sens une très grande cohésion d’ensemble. Nous avons une équipe du bureau national soudée, un conseil d’administration efficace, des présidents de département au travail et des syndicats départementaux qui vont bien.

Et pour ce qui est des évolutions de la profession ?

En raison de la crise sanitaire, mon mandat n’a pas démarré exactement comme je le pensais. Dans cette tourmente, la pharmacie française a tenu le cap. C’est d’ailleurs, sans doute, la profession pharmaceutique qui a le plus évolué au monde pendant cette période. Nous avons été les seuls à proposer autant de services : vaccination, mise à disposition des tests de dépistage, fabrication et délivrance des matériels de protection… De fait, notre métier a été réinventé et le champ de la prévention, au sens le plus large, en fait désormais entièrement partie. Cette évolution, qui renforce le rôle de professionnel de santé de l’officinal, est au cœur de mon combat depuis que je suis étudiant. Elle s’est pleinement déployée durant mes mandats avec la prescription et l’administration du vaccin antigrippal, celles de tous les rappels de vaccins et la possibilité de prescrire des médicaments dans le cadre d’infections, comme l’angine ou la cystite. Sans oublier tous les dispositifs sur le point d’aboutir dans le diabète, le domaine cardiovasculaire, le sevrage tabagique… Soit toute une série d’actes qui inscrivent pleinement le pharmacien dans le parcours de soins.

Qu’en est-il de la formation et des salaires ?

Dans ces domaines également, les choses ont évolué positivement. Nous avons réussi, d’une part, à universitariser la formation des préparateurs en pharmacie avec la création d’un Deust. Par ailleurs, la mise en place d’une formation de troisième cycle pour les études de pharmacien d’officine est unique au monde. À ma grande satisfaction, tous ces dossiers ont été menés à bien. Concernant le versant entrepreneurial, des réussites sont également à souligner comme le fait d’avoir pu retrouver une harmonie concernant les règles de prévoyance avec nos assureurs, Apgis et Klésia. Cela nous a permis de nous concerter de manière plus fluide avec les organisations représentatives des salariés et de déboucher sur la mise en place d’une politique salariale respectueuse, qui prend également en compte nos difficultés économiques. Les récentes réformes de la convention collective et de la classification des métiers en témoignent.

Le maillage et l’équilibre économique sont-ils dans un état satisfaisant ?

Sur ces points, la négociation conventionnelle avec l’État est fondamentale. J’en veux pour preuve l’avenant n° 1 à la convention, signé en 2024, qui permet de renforcer le maillage territorial et place dans notre camp l’Assurance maladie, qui sera un allié de poids pour les années à venir. Je ne cache d’ailleurs pas ma satisfaction de laisser un espace dans lequel s’est instaurée une relation de confiance avec nos partenaires de la Cnam. Pour autant, l’équilibre économique du réseau reste à améliorer. Sur ce plan, je ne suis pas parvenu à aller jusqu’au bout de mon ambition et j’espère que mes successeurs arriveront à faire en sorte que les pharmaciens puissent vivre de leur métier sans angoisse du lendemain. Ils le méritent.

Vous quittez la FSPF pour le Cese. Quelles sont ses missions ?

Le Cese est la troisième chambre constitutionnelle. Son rôle est de conseiller le gouvernement et le Parlement par le biais de saisines faites par le Premier ministre ou par les présidents des deux assemblées. Il organise également des réunions, des conférences et des consultations de citoyens tirés au sort. Pour résumer, le Cese est le siège de la démocratie non partisane. Nos concitoyens veulent davantage de proximité et de dialogue, et c’est dans ce sens que nous allons essayer de construire pendant les cinq ans à venir. La nouvelle présidente, Claire Toury, est issue du monde associatif et a bien l’intention de faire du Cese le lieu du consensus, mais également celui d’une démocratie dense qui assoit une majorité tout en respectant les minorités.

Qui y siège ?

Une fois tous les cinq ans, après avis du Conseil d’État, les 70 organisations représentatives de la société française, réparties en quatre branches – syndicats de salariés, organisations patronales, associations les plus représentatives ainsi que celles du monde de l’environnement – désignent leurs représentants au Cese. Elles le font par nomination ou par élection, comme c’est mon cas au sein des professions libérales. Pour ma part, je suis membre de la commission des Affaires sociales et vice-président en charge de la prospective et de l’évaluation de la commission Économie et Finances.

Quelle sera votre action dans ces nouvelles fonctions ?

J’ai un mandat de défense et de promotion de l’intérêt général, et donc des citoyens. Mais je sais d’où je viens et, au Cese, la pharmacie, la FSPF et l’UNAPL, sont en réalité l’équivalent de ma circonscription électorale. Je porte en moi ce que pensent les professionnels libéraux et, globalement, je les représente. La ligne politique de mon action est donc la défense de l’intérêt général en partant des valeurs cardinales prônées par cette famille qui est la mienne : la proximité, l’indépendance, le travail, le mérite, l’accès à l’éducation… Par ailleurs, on parle de santé mentale, de santé publique, mais on oublie trop souvent la santé sociale. Elle sera le fil rouge de mon action au cours de ce mandat. Et, comme je l’ai fait avec les live hebdomadaires durant ma présidence à la FSPF, je vais essayer de rendre compte de manière concrète de mes actions au Cese. C’est assez inédit au sein de cette institution parce que tout le monde n’a pas le même degré de liberté que le mien. C’est d’ailleurs le premier principe des libéraux : ils sont libres.

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