Que va donc contenir le PLFSS 2027 ? Les suppositions allaient bon train depuis la présentation du traditionnel rapport Charges et Produits de l’Assurance maladie le 2 juillet dernier, et surtout depuis les mesures annoncées et réalisées par le gouvernement par voie réglementaire, contournant ainsi les débats parlementaires du PLFSS. Mais les premières pistes, présentées début juillet lors d’un comité d’interface entre les pouvoirs publics et les industriels du médicament, viennent d’être confirmées ce 1er octobre lors de la présentation de l’avant-projet par le gouvernement. Et, sans surprise, les groupements de pharmacies sont toujours dans le viseur.
Lors des débats des deux derniers PLFSS, le député du Rhône Cyrille Isaac-Sibille (Modem) avait présenté plusieurs amendements visant à lutter contre la financiarisation dans le secteur officinal en s’attaquant en particulier aux groupements. Si ses propositions n’ont pas abouti, il est loin d’être le seul à pointer du doigt ces acteurs dans l’environnement économique de la chaîne du médicament. Ainsi, le très attendu rapport de la mission des Inspections générales des affaires sociales et des finances (Igas-IGF) sur la structure économique de la distribution du médicament, rendu public en mai 2026, ne les épargne pas.
Transparence et encadrement
Dans son analyse des flux financiers, la mission s’étonne d’une rémunération « significative » malgré des conditions tarifaires obtenues pour les pharmaciens qui n’ont rien d’exceptionnelles, de contrats dont certaines clauses entaillent dangereusement l’indépendance des pharmaciens, et, surtout, d’une captation « sans contrepartie ni obligation » d’une partie de la valeur des médicaments remboursables. Résultat, ce sont les seuls opérateurs de l’écosystème à afficher une forte rentabilité avec un ratio EBE-CA en hausse de 60 % entre 2020 et 2023, quand le réseau officinal chute de 30 %, tout comme les grossistes-répartiteurs.
Une analyse qui n’a pas échappé au gouvernement. Lors de la présentation de la première mouture du PLFSS ce 1er octobre, les ministres ont annoncé « une contribution de 100 millions d’euros sur les flux financiers de ces acteurs tout en assurant davantage de transparence et de contrôle déontologique quant aux liens avec les officines ». Le choix de cibler spécifiquement les groupements visent, expliquent-ils, à « préserver les officines et leur capacité à assurer la dispensation des médicaments et l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire ».
D’autres dispositions, évoquées avant le 1er octobre, n’ont été ni confirmées ni infirmées. Il s’agissait notamment d’obliger les groupements à déclarer au Comité économique des produits de santé (CEPS) les prestations commerciales consenties, de les doter d’un statut spécifique – la FSPF avait ainsi proposé, en mai dernier, de leur donner la fonction de courtier en médicaments remboursables – et d’encadrer plus strictement leur rémunération.
Bon usage des antibiotiques
Deuxième piste évoquée par l’administration dans le futur PLFSS : créer un statut juridique spécifique pour les antibiotiques pour mieux lutter contre l’antibiorésistance. Les ministres confirment qu’un « mécanisme de compensation financière et de remises » va être mis en place afin de « sécuriser le disponibilité de certains antibiotiques ». Là encore, sans donner davantage de détails.
Selon une dépêche d’APMnews du 21 septembre dernier, l’idée repose sur « un système de rémunération nette fixe assurée pour les industriels en contrepartie d’une baisse des volumes liée à des mesures de bon usage, d’efforts pour permettre la dispensation à l’unité et limiter les tensions et ruptures d’approvisionnement ». Pourrait s’y ajouter « un dispositif de prescription renforcée », à l’instar de ce que l’Assurance maladie a instauré pour la prescription et la délivrance des analogues du GLP-1 dans l’obésité. Sur ce point, les ministres évoquent « des actions de pertinence visant à réguler le volume des médicaments et des dispositifs médicaux ». Ils pointent en particulier « les prescriptions hospitalières exécutées en ville » pour lesquelles va être fixé « un objectif de réduction de la dépense moyenne par patient, associé à un intéressement fondé sur une part des économies réalisées ».
1,3 milliard d’euros de baisses de prix
Par ailleurs, afin de « soutenir l’arrivée de nouveaux médicaments particulièrement efficaces », le gouvernement annonce 1,3 milliard d’euros de baisses de prix sur les médicaments, « soit 100 millions de moins qu’en 2026 ». Ce qui correspond aux projections faites cet été par les industriels du médicament qui tablaient sur un montant compris entre 1,2 et 1,4 milliard d’euros. Les ministres, tant à Bercy qu’à Ségur, se réjouissent dans le même temps de la signature de l’accord-cadre avec les trois syndicats de l’industrie pharmaceutique, « fixant pour les prochaines années des modalités rénovées de fixation des prix du marché, afin de favoriser le financement de l’innovation, avec une attention particulière aux enjeux de souveraineté ».
Dans une interview publiée par Le Parisien le 30 août dernier, Sébastien Lecornu, Premier ministre, avait indiqué qu’il ne pouvait engager, pour le budget 2027, « de grandes réformes sur l’Assurance maladie, les retraites ou encore l’organisation territoriale » en l’absence de majorité au Parlement. À la place, il vise « cinquante petites décisions efficaces et intelligentes ». Puis, le 18 septembre dans Le Figaro, il a annoncé des économies de 2 milliards d’euros sur les arrêts maladie tout en assumant les décisions prises au cours de l’été de relever les plafonds annuels des franchises et les tickets modérateurs de divers actes et médicaments.
Article mis à jour le 1er octobre 2026, avec ajout des informations relatives à la présentation de l’avant-projet par le gouvernement.
